§. Les Martinistes
Mais quel est le fondateur de cette secte ? car on peut choisir entre Saint-Martin et Martinez, par lequel il fut initié aux mystères théurgiques, ainsi que l’abbé Fournier, auteur de l’ouvrage : Ce que nous avons été, ce que nous sommes, ce que nous serons {ce dernier corps de phrase, à partir de ainsi que… ne se trouve pas dans la 1ère édition} (27). Martinez Pascalis {Paschalis} (sic), dont on ignore la patrie, que cependant on présume être Portugais et qui est mort à Saint-Domingue en 1799, trouvait dans la cabale judaïque la science qui nous révèle tout ce qui concerne Dieu et les intelligences créées par lui {ce dernier corps de phrase, à partir de dont on ignore… ne se trouve pas dans la 1ère édition} (28) : Martinez admettait la chute des [218] anges, le péché originel, le Verbe réparateur, la divinité des Saintes Écritures. Quand Dieu créa l’homme, il lui donna un corps matériel : auparavant (quoi ! avant d’exister !), il avait un corps élémentaire. Le monde aussi était dans l’état d’élément : Dieu coordonna l’état de toutes les créatures physiques à celui de l’homme.
Saint-Martin, né à Amboise en 1743, fit ses études à Pont-le-Voi [sic] {Pont-Levoi}, fut d’abord avocat, puis officier au régiment de Foix. Étant à Bordeaux, il eut occasion de connaître Martinez Pascalis [sic] {Paschalis}, qu’il cite pour son premier instituteur, et Jacques Bœhm pour le second. Cette tournure d’esprit et ses {ces} liaisons décidèrent du sort de sa vie et de sa doctrine. Son goût ne s’accordant pas avec le tumulte des armes {armées}, il obtint sa retraite, voyagea en Italie et en Angleterre, passa trois mois à Lyon, puis vint se fixer à Paris où il demeura jusqu’à la révolution, {demeura jusqu’à la révolution chez la duchesse de Bourbon, qui était aussi une espèce d’illuminée} et mourut à Aulnay près Paris, en 1804 [sic. Rappelons que Saint-Martin est décédé le 14 octobre 1803.]. Ceux qui l’ont connu, louent la bonté de son caractère, ses mœurs aimables, et assurent qu’en bon théosophe il montra constamment l’exemple de la soumission aux lois, de la résignation, de la bienfaisance. Il est absurde de penser comme Barruel, qu’il voulait renverser le gouvernement.
§. Les théosophes
Qu’est-ce qu’un théosophe ? un ami de Saint-Martin va nous l’apprendre.
{« } Un théosophe est un ami de Dieu et de la sagesse. C’est, d’après l’étymologie, la définition que comporte le défini. La doctrine théosophique est [219] fondée sur les rapports éternels qui existent entre Dieu, l’homme et l’univers. Ces rapports sont développés dans les livres {théogoniques} de tous les peuples, et surtout les Saintes Écritures entendues selon l’esprit et non selon la lettre. On peut consulter la Genèse, le Deutéronome, les Prophéties, les Livres Sapientiaux, particulièrement le chapitre huit {chapitre VII} de la Sagesse, les sentences de Pythagore. Au nombre des ouvrages théosophiques, on peut classer l’Oupneekh’at et le Malhabharata { Malhab harata], poème de cent mille stances. Parmi les théosophes, il compte Rosencreux [sic] {Rosencreuz}, Reuchlin, Agrippa, François George, Paracelse, Pic de la Mirande, Valentin Voigel, les deux Van Helmont, Thomasius, Adam Boreil, Bœhm, Poiret, Quirinus Kulhman, Zimmerman, Bacon (29), Henri Morus, Pordage, Jeanne Leade, Leibnitz, Swedenborg, Martinez Pascalis [sic] {Paschalis}, Saint-Martin, etc.
{ »} La fin de la philosophie est d’élever l’âme de la terre au ciel, de connaître Dieu, de lui ressembler ; mais la France se ressentira longtemps des principes détestables des faux philosophes. Les théosophes ne font point secte. Un théosophe est vrai chrétien ; et, pour le devenir, il ne faut pas commencer par être savant, mais seulement humble et vertueux.
{ »} Jésus-Christ est Dieu; il est le père des lumières surnaturelles, le grand-prêtre, le chef des vrais [220] théosophes : il inspira Moise, David, les prophètes ; et hors du peuple choisi, Pythagore, Platon, Pherecyde, Socrate.
{ »} Depuis Jésus-Christ, les théosophes admettent la Trinité, la chute des anges rebelles, la création après le chaos causé par leur chute ; la création de l’homme dans les trois principes pour gouverner et combattre, ou ramener à résipiscence les anges déchus. Les théosophes sont d’accord sur la première tentation de l’homme ; le sommeil qui la suivit ; la création de la femme, lorsque Dieu eut vu {reconnu} que l’homme ne pouvait plus engendrer spirituellement ; la tentation de la femme, la suite de sa désobéissance qui occasiona [sic] celle de son mari ; la promesse de Dieu, que de la femme naîtrait le briseur de la tête du serpent; la rédemption, la fin du monde. { »}
{Ce texte sur les Théosophes que cite ici Grégoire est un extrait de Recherches sur la doctrine des Théosophes, publie par Nicolas Tournyer dans les Œuvres posthumes de Saint-Martin, Tours, Letourmy, 1807, t. I. Précision dans la présentation par Nicole Jacques-Chaquin}.
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