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Histoire des sectes religieuses, Abbé Grégoire - 1828

Histoire des sectes religieuses qui sont nées, se sont modifiées, se sont éteintes dans les différentes contrées du globe, depuis le commencement du siècle dernier jusqu’à l’époque actuelle.

Par M. Henri Grégoire (1750-1831), Ancien évêque de Blois

Nouvelle édition, corrigée et considérablement augmentée. - Tome deuxième - Paris. Baudouin frères, éditeurs. Rue de Vaugirard, n° 17. - 1828
(Cf. l’article de Wikipédia sur l’Abbé Grégoire)


 

Présentation

Cet article a été publié dans la 1ère édition de cet ouvrage en 1810, tome 1er, p. 411 à 431. Il a également été publié dans Les cahiers de Saint-Martin, Volume IV, Bélisane, Nice 1983, p. 48-59 avec une introduction de Mme Nicole Jacques-Chaquin.

Nous publions l’ensemble du chapitre 19. Ce dernier est plus développé que le seul extrait que l’on trouve dans Les Cahiers. Malheureusement nous n’avons pu consulter la 1ère édition de l’Histoire des sectes religieuses et ne savons pas si le chapitre correspondant était de même.

Nous avons comparé les deux versions et indiquons dans le texte par l’intermédiaire des signes { } les variantes et différences de la 1ère édition.

Nous avons corrigés certains mots comme « extravagans », « protestans » ou « talens », en rajoutant le « t ».

Le texte étant longtemps, nous avons placé différents paragraphes par le signe § et les titres sont de notre cru.

Le nombre de notes étant important et n’ajoutant rien au texte lui-même nous avons préféré réunir l’ensemble des notes à la fin du texte.


Chapitre XIX, pp. 204-243.

Théosophes, bœhmistes, martinistes, mesméristes, magnétistes.

§. Les théosophes

Parmi les théosophes européens, jadis il en était qui rattachaient leurs rêveries à l’alchimie. Robert Flud, Cardan, Paracelse, étaient pour eux des génies sublimes. La théurgie est l’art de lier commerce avec les génies supérieurs : c’est la définition donnée par Jamblique. Les théosophes, soit anciens, soit modernes, prétendent dériver leurs connaissances de l’illumination divine, de la communication avec Dieu qui leur révèle ses mystères, de leur commerce avec les intelligences. En général, ils assurent que les êtres créés du monde visible et ses phénomènes, correspondent à ceux du monde invisible. La raison et la religion s’associent naturellement à cette opinion qui offre aux cœurs purs des sujets d’admiration, de méditation dans lesquels l’âme se complait et s’attendrit.

Quel homme religieux et contemplateur n’a pas éprouvé maintes fois le plaisir de s’élever vers les régions célestes, de franchir par la pensée l’espace qui nous en sépare, de se figurer placé au [405] milieu des purs esprits, au milieu d’amis, de parents que la mort nous a ravis et qu’on espère retrouver dans un monde nouveau !

Mais quand les théosophes, quand Jacques Bœhm, Swedenborg et leurs disciples, s’élançant dans le monde invisible et roulant dans le vague, prétendent enrichir leurs itinéraires d’une carte exacte de ces régions inconnues, en rédiger une sorte de statistique, tracer le tableau de correspondance entre les objets sublunaires et le monde intellectuel, et dévoiler les secrets de la nature; ici commencent les aberrations : la divergence de leurs systèmes en offre la preuve complète.

Ces aberrations, surtout des philosophes modernes, anticipent sur la notice abrégée que sans doute le lecteur attend des théosophes, qui dans les seizième et dix-septième siècles ont amené la filiation de leur secte dans le dix-huitième et jusqu’à l’époque actuelle.

En Angleterre, Élisabeth Berton, vulgairement appelée la sainte fille de Kent sous Henri VIII, dont elle censurait le divorce, fut exécutée à Tyburne en 1534 (1). Un autre illuminé, sous Élisabeth, fut de même envoyé au supplice ; Jacques Naylor, sous Cromwel, fut condamné au pilori, à la prison, pour avoir soutenu que Jésus-Christ résidait en lui (2).

[206] Le nord de l’Europe abondait en extravagants de tous les genres. Autrefois Montan s’était dit l’esprit de Dieu, Ménandre le sauveur du monde, Manès le paraclet. David George, mort en 1596, se dit le Christ, le Messie (3).

Weigel, vanté par Boehm, assurait que de toute éternité, Marie avait été conçue par le Saint-Esprit ; Jésus-Christ avait deux corps, les anges avaient été créés pour être égaux à Dieu ; il révoquait en doute les merveilles opérées par Moïse et Élie (4).

Jean Bannier condamnait le mariage comme étant le fruit prohibé dans le Paradis terrestre (5).

Koller, mort en 1547 publia son fameux ouvrage Lux in tenebris. Un ange lui avait apparu sous une forme humaine, peut-être celui-là même qui dernièrement visitait un paysan de la Beauce.

Jean Rolh, qui se croyait destiné à détruire les rois impies, attendait de sa femme un fils qui, par ses miracles, établirait la cinquième monarchie.

Drabicius, dont les rêveries ont été publiées par Comenius en 1657, fut condamné à mort en 1671, [207] comme coupable de lèse-majesté divine et humaine (6).

Quirin Kuhlmann, accusé de bigamie, fut brûlé à Moscow en 1689, comme séditieux, ect., etc., etc., (7).

Dans cette liste qu’on pourrait enfler de beaucoup d’autres noms, on voit qu’une partie de ces fanatiques périrent par la hart, par le feu, tandis qu’il suffisait de les séquester [sic] de la société et de les traiter comme atteints de folie ; mais l’ignorance, l’intolérance, la vengeance, au lieu de consulter l’humanité et la justice, emploient communément pour punir des formes plus expéditives.


§. Jacques Bœhm

De tous les théosophes, le plus fameux est Jacques Bœhm, né en Lusace, cordonnier, mort à Gorlitz en 1624, auteur de beaucoup d’ouvrages traduits dans les langues anglaise, hollandaise, française, et dont les opinions exercent en Europe, plus que jamais peut-être, leur empire sur beaucoup d’adeptes qui, sans former une secte réunie en corps, sont disséminés parmi les autres. Après s’être beaucoup occupé des ouvrages de Weigel, de Paracelse, il se crut inspiré pour dévoiler les œuvres de Dieu, cachées sous des voiles matériels, [208] et prétendit trouver dans la nature les dogmes du christianisme qu’il dénature. Arnold tient pour certain que Bœhm (avant Swedenborg), fut le seul qui pénétra dans les connaissances les plus abstruses des substances physiques et métaphysiques (8).

Un écrivain moderne (Châteaubriand [sic]) appelle Dieu le grand célibataire des meules. Bœhm l’appelle le néant éternel, le silence éternel.

Dans le combat avec Lucifer, Dieu ne l’a pas détruit. Homme aveugle, vous n’en voyez pas la raison, c’est que Dieu combattait contre Dieu; c’était la lutte d’une portion de la divinité contre l’autre.

Le diable ne peut pas voir à la lumière du soleil, il ne voit que dans les ténèbres comme les chauves-souris.

Jésus Christ a apporté du ciel sa chair.

L’homme créé hermaphrodite aurait pu engendrer seul, avant sa chute; il avait alors un corps angélique.

Calovius, Wagner, Rumphius reprochent à Bœhm d’avoir admis comme Manès, deux principes et d’avoir comme partisan du milléranisme [sic] placé les livres d’Esdras au nombre des canoniques (9).

[209] Non content d’exposer les erreurs de Bœhm, Rumphius, d’après Wagner et Calovius, lui prodigue les gratifications de fils de Satan, d’excrément du diable et autres gentillesses du même genre.

En Allemagne beaucoup de cordonniers se sont montrés fanatiques. Cette remarque a fourni au professeur Frédéric, le sujet d’une dissertation très curieuse dans laquelle il étale une liste nombreuse de cordonniers fameux visionnaires. Jacques Bœhm, Henri Kraft, George Fox, J. Lambert, Teichel, Boswel, etc. Pour la France, il cite Nauclerc sous l’an 1729. Probablement il veut parler de Naulet, savetier, le factoton [sic] du parti moliniste à Paris, précisément à cette époque.

Après avoir exposé des faits remontant à la cause, il la trouve dans un métier qui, exigeant peu d’efforts d’intelligence, laisse la faculté de l’appliquer à d'autres objets (10).


 

§. Les sectes protestantes

Les sectes protestantes paraissent être celles qui ont produit le plus de théosophes, auxquels conviendrait peut-être une autre dénomination. [210] Peut-être en trouverait-on la raison dans la maxime admise chez eux, d’interpréter l’Écriture d’après l’esprit privé. Une vaine présomption porte l’homme à se prévaloir de ses lumières et quelquefois à se croire favorisé d’inspirations immédiates. Tel était le roi de Prusse Frédéric Guillaume. Cette situation de l’âme conduit souvent à la théomanie ou manie religieuse. Le docteur Rush prétend que, dans le nombre de personnes tombées en démence, la moitié le sont par abus des liqueurs fortes, quelques-unes par des passions érotiques; mais un quart par une dévotion malentendue. Tel était ce Koerper, chef de fanatiques, qui avait voulu fonder une religion nouvelle, que le docteur Gall a vu dans les prisons de Berne (11). Les médecins Pinel, Perfect, Mathey, ont observé que les fonctions intellectuelles et les autres phénomènes de la vie, troublés chez les esprits faibles par une dévotion trop exaltée, par un enthousiasme irrégulier, sont de toutes les aliénations la plus difficile à guérir.

L’Allemagne fournit à cette liste un contingent plus fort; ce fait s’explique par le caractère de la nation qui, grave et méditative, affectionne, approfondit les questions métaphysiques, sur lesquelles elle a répandu des lumières; les inconvénients [211] dès lors sont compensés par les avantages. C’est en Allemagne surtout qu’on s’est occupé de l’idéalisme qui en philosophie a pour parallèle le mysticisme en religion, et l’on sait encore qu’en Allemagne et en Suisse, plus que nulle part, se manifeste actuellement une propension marquée vers le mysticisme.

Walch, et très récemment Klopfel, ont dessiné les traits principaux qui caractérisent les théosophes.

« La parole externe de Dieu, c’est-à-dire la Sainte Écriture est imparfaite, inefficace et ne constitue pas la règle exclusive de la foi et des mœurs. »

« A cette parole externe on doit préférer la lumière interne pour régler la croyance et la conduite. »

« L’homme doit rechercher le repos ou sabbat de l’âme comme un moyen d’obtenir cette divine étincelle, cette parole interne par laquelle l’âme élevée vers le Créateur est purifiée, sanctifiée, déifiée par les sacrements. La satisfaction de Jésus-Christ, la foi en Jésus-Christ, ne sont pas des sources de grâce capables d’élever à la sainteté, etc., etc. (12) »


 

 

§. Pierre Rombert

La découverte du nouveau monde y a porté les arts, et tout ce qu’on appelle les moyens de civilisation européenne ; mais avec eux les vices, les [212] erreurs, les rêveries ont franchi l’Atlantique, et dans le nombre se sont trouvées celles de Jacques Bœhm. Voici un échantillon du fruit qu’elles y ont produit.

Dutartre, issu de protestants réfugiés français, s’était fixé avec ses enfants en Caroline. Un prédicant morave les entêta des rêveries de Jacques Bœhm, et dès lors ils abandonnèrent le culte public. Une révélation apprit à l’un d'eux, Pierre Rombert, que bientôt, comme au temps de Noé, Dieu détruirait toute la race humaine, une seule famille exceptée, et cette famille privilégiée c’était la sienne.

Une seconde révélation lui dit que le premier mari de la veuve qu’il a épousée ressuscitera pour être avec elle ; qu’il doit dès lors la quitter pour épouser Judith Dutartre, sa cadette ; il l’obtient du père, elle devient enceinte. D’après les lois du pays contre la bâtardise, Judith Dutartre devait comparaître devant le magistrat. La famille, apprenant que le constable va venir, consulte le prophète, il assure que Dieu ordonne de s’armer contre lui et ses recors, en conséquence on tire sur le constable. Il y a du sang répandu, et le fanatisme de Pierre Rombert a produit un inceste, une révolte, un homicide, c’était en 1725.

Le procès s’entame. Trois hommes de la famille sont condamnés à mort, ils persistent dans leur folie jusqu’à l’exécution, en assurant qu’ils ressusciteront le troisième jour. La grossesse de Judith l’exemptait du supplice; deux de ses frères, plus [213] jeunes qu'elle, furent également condamnés, mais on suspendit l’exécution dans l’espérance qu’on les ramènerait à des idées saines ; ce qui effectivement arriva, quand ils virent que les autres ne ressuscitaient pas. Cependant un des deux frères redevint visionnaire, tua un homme, en assurant que Dieu le lui avait ordonné; et, avant de subir la peine capitale, il témoigna son repentir. Ainsi, par ce fanatisme tragique, six personnes perdirent la vie, un tué, un assassiné, quatre exécutés (13). Jacques Bœhm a donc prêché l’assassinat, la révolte ? Non, sans doute ; mais toutes les erreurs, tous les genres de folie exercent les uns sur les autres une sorte d’attraction et s’enchaînent.


 

§ Poiret

U n Messin, Poiret, mort en 1719, est vraisemblablement le premier qui ait répandu en France les systèmes du cordonnier de Gorlitz. Son traité latin, Idée de la théologie chrétienne, est composé d’après celle de Jacques Bœhm. La double doctrine, l’une secrète, l’autre publique, est un trait distinctif de l’antiquité ; c’est une remarque de Rolle dans ses recherches savantes sur Bacchus (14). Le célèbre Maimonides [sic] autorisait jadis les Juifs Espagnols à simuler le catholicisme. Poiret, dans sa Paix des bonnes âmes (15), autorise de même les [214] calvinistes restés en France, depuis la révocation de l’édit de. Nantes, à entendre la messe sans abandonner leur religion (16). Peut-on rappeler sans gémir que, de nos jours, un prélat catholique autorisait de même, dans un néophyte de Berne (Haller), cette scandaleuse hypocrisie (17) ?


 

§. Bertrand Lacoste

Antoinette Bourignon, formée à l’école de Bœhm, de Poiret, eut à son tour des disciples, entr’autres Bertrand Lacoste, ingénieur français à Hambourg. Persuadé qu’il tenait d’elle ses lumières dans les sciences, Lacoste lui dédia son livre sur la quadrature du cercle, et, faisant allusion aux lettres initiales d’Antoinette et de Bertrand, il déclare en langue algébrique qu’elle est l'A en théologie, et lui le B en mathématiques (18).


 

 

§ Muralt

Les rêveries de la Bourignon s’étaient implantées en divers pays dans des têtes propres à les recevoir ; et quel pays n’en a pas ?

{Le texte publié par Les Cahiers de Saint-Martin et dans la 1ère édition commence ici}.

Muralt est, dit-on, l’auteur anonyme de deux ouvrages intitulés : l’un, Lettres fanatiques (19) ; et l’autre, l’Institut {Instinct} divin recommandé aux hommes (20) {qui} publié en 1727, {a été} réimprimé à Londres en 1790.

Il {L’auteur} prétend que la période qui devait durer jusqu’au second avènement de Jésus-Christ est [215] finie ; bientôt arrivera une régénération universelle qui sera précédée de grands fléaux. Dans un autre ouvrage en 1739, il paraît indiquer la France comme le lieu où se feront les premiers pas vers cette régénération qui sera la fin du monde corrompu, et non la destruction de la terre, comme on l’a cru par une fausse interprétation des paroles de Jésus-Christ et des prophètes.

Muralt {L’auteur} veut que les hommes, rentrant en eux-mêmes, écoutent la voix intérieure qui leur parle. Cette parole intérieure leur est connue par l’instinct divin qui envisage Dieu en tout. La religion enseignée par les hommes est arrivée à son terne ; on ne doit pas craindre de passer de cette religion à celle qui leur vient de Dieu, qui était réservée aux derniers temps. L’auteur déclame contre {maltraite} la théologie, et prétend que les païens, généralement parlant, valaient mieux que nous ; il loue leurs philosophes surtout Épictète et Socrate : le génie de celui-ci était son instinct divin.

Il s’objecte que l’instinct, étant sujet à varier, peut conduire à des extravagances. L’objection est pressante, comment la repousse-t-il ? C’est en disant que l’instinct ne serait pas divin, s’il ne conduisait qu’à ce qui est raisonnable et approuvé des hommes : ce qui est folie à leurs yeux, est sagesse dans le plan de la Divinité (21). Ailleurs il paraît regarder comme mystérieux ce que dit l’Écriture des [215] deux arbres du paradis ; car ils sont sur notre monde actuel aussi bien que dans le paradis (22).

Dans ses Lettres fanatiques, Muralt observe, et cela est vrai, que le mot fanatisme abusivement employé est appliqué quelquefois à des vérités incommodes dont on voudrait se débarrasser. Jésus-Christ a été outragé des épithètes d’insensé, de séducteur, équivalentes à celles de fanatique ; ce qui doit encourager à porter ces noms : mais vient ensuite l’apologie du séparatisme qu’on traite, dit-il, de fanatisme, et qu’il essaie de justifier à cause de la corruption du clergé ; il trouve qu’on met trop de prix au culte extérieur (23). L’auteur paraît croire à l’inspiration immédiate et admettre une classe d’hommes apostoliques qui ont la connaissance des voies intérieures ; aussi vante-t-il Jacques Bœhm et La Bourignon (24). Il n’y a que deux véritables sciences ; se connaître, et à chaque chose mettre son prix. Le savoir et le raisonnement sont de peu d’usage ; ils sont même dangereux quand ils s’étendent sur la religion. Le talent de raisonner est le moindre des talents dans l’ordre apostolique. Sa septième lettre est intitulée : Que le raisonnement et le savoir ont causé la chute de l’homme, et qu’ils nous y entretiennent. Là il assure que le premier raisonnement eut le diable pour auteur (25).

[217] La religion naturelle lui parait suffisante pour sauver les hommes, quoique la révélation les conduise à une plus haute perfection (26) ; aussi, après s’être plaint de l’importance qu’on attache aux opinions des Pères de l’église, il élève des doutes sur l’éternité des peines, et prétend, contre Rollin, justifier Socrate qui prendra part à la table avec Abraham, Isaac et Jacob ; il parait même en sauver bien d’autres ; car, selon lui, la véritable église a toujours consisté et consistera toujours dans tous les gens de bien. On ne voit pas trop comment justifier cette opinion, quand on recoupait Jésus-Christ pour médiateur. Ce mélange incohérent annonce dans Muralt le précurseur des Martinistes.


§. Les Martinistes

Mais quel est le fondateur de cette secte ? car on peut choisir entre Saint-Martin et Martinez, par lequel il fut initié aux mystères théurgiques, ainsi que l’abbé Fournier, auteur de l’ouvrage : Ce que nous avons été, ce que nous sommes, ce que nous serons {ce dernier corps de phrase, à partir de ainsi que… ne se trouve pas dans la 1ère édition} (27). Martinez Pascalis {Paschalis} (sic), dont on ignore la patrie, que cependant on présume être Portugais et qui est mort à Saint-Domingue en 1799, trouvait dans la cabale judaïque la science qui nous révèle tout ce qui concerne Dieu et les intelligences créées par lui {ce dernier corps de phrase, à partir de dont on ignore… ne se trouve pas dans la 1ère édition} (28) : Martinez admettait la chute des [218] anges, le péché originel, le Verbe réparateur, la divinité des Saintes Écritures. Quand Dieu créa l’homme, il lui donna un corps matériel : auparavant (quoi ! avant d’exister !), il avait un corps élémentaire. Le monde aussi était dans l’état d’élément : Dieu coordonna l’état de toutes les créatures physiques à celui de l’homme.

Saint-Martin, né à Amboise en 1743, fit ses études à Pont-le-Voi [sic] {Pont-Levoi}, fut d’abord avocat, puis officier au régiment de Foix. Étant à Bordeaux, il eut occasion de connaître Martinez Pascalis [sic] {Paschalis}, qu’il cite pour son premier instituteur, et Jacques Bœhm pour le second. Cette tournure d’esprit et ses {ces} liaisons décidèrent du sort de sa vie et de sa doctrine. Son goût ne s’accordant pas avec le tumulte des armes {armées}, il obtint sa retraite, voyagea en Italie et en Angleterre, passa trois mois à Lyon, puis vint se fixer à Paris où il demeura jusqu’à la révolution, {demeura jusqu’à la révolution chez la duchesse de Bourbon, qui était aussi une espèce d’illuminée} et mourut à Aulnay près Paris, en 1804 [sic. Rappelons que Saint-Martin est décédé le 14 octobre 1803.]. Ceux qui l’ont connu, louent la bonté de son caractère, ses mœurs aimables, et assurent qu’en bon théosophe il montra constamment l’exemple de la soumission aux lois, de la résignation, de la bienfaisance. Il est absurde de penser comme Barruel, qu’il voulait renverser le gouvernement.


 

§. Les théosophes

Qu’est-ce qu’un théosophe ? un ami de Saint-Martin va nous l’apprendre.

{« } Un théosophe est un ami de Dieu et de la sagesse. C’est, d’après l’étymologie, la définition que comporte le défini. La doctrine théosophique est [219] fondée sur les rapports éternels qui existent entre Dieu, l’homme et l’univers. Ces rapports sont développés dans les livres {théogoniques} de tous les peuples, et surtout les Saintes Écritures entendues selon l’esprit et non selon la lettre. On peut consulter la Genèse, le Deutéronome, les Prophéties, les Livres Sapientiaux, particulièrement le chapitre huit {chapitre VII} de la Sagesse, les sentences de Pythagore. Au nombre des ouvrages théosophiques, on peut classer l’Oupneekh’at et le Malhabharata { Malhab harata], poème de cent mille stances. Parmi les théosophes, il compte Rosencreux [sic] {Rosencreuz}, Reuchlin, Agrippa, François George, Paracelse, Pic de la Mirande, Valentin Voigel, les deux Van Helmont, Thomasius, Adam Boreil, Bœhm, Poiret, Quirinus Kulhman, Zimmerman, Bacon (29), Henri Morus, Pordage, Jeanne Leade, Leibnitz, Swedenborg, Martinez Pascalis [sic] {Paschalis}, Saint-Martin, etc.

{ »} La fin de la philosophie est d’élever l’âme de la terre au ciel, de connaître Dieu, de lui ressembler ; mais la France se ressentira longtemps des principes détestables des faux philosophes. Les théosophes ne font point secte. Un théosophe est vrai chrétien ; et, pour le devenir, il ne faut pas commencer par être savant, mais seulement humble et vertueux.

{ »} Jésus-Christ est Dieu; il est le père des lumières surnaturelles, le grand-prêtre, le chef des vrais [220] théosophes : il inspira Moise, David, les prophètes ; et hors du peuple choisi, Pythagore, Platon, Pherecyde, Socrate.

{ »} Depuis Jésus-Christ, les théosophes admettent la Trinité, la chute des anges rebelles, la création après le chaos causé par leur chute ; la création de l’homme dans les trois principes pour gouverner et combattre, ou ramener à résipiscence les anges déchus. Les théosophes sont d’accord sur la première tentation de l’homme ; le sommeil qui la suivit ; la création de la femme, lorsque Dieu eut vu {reconnu} que l’homme ne pouvait plus engendrer spirituellement ; la tentation de la femme, la suite de sa désobéissance qui occasiona [sic] celle de son mari ; la promesse de Dieu, que de la femme naîtrait le briseur de la tête du serpent; la rédemption, la fin du monde. { »}

{Ce texte sur les Théosophes que cite ici Grégoire est un extrait de Recherches sur la doctrine des Théosophes, publie par Nicolas Tournyer dans les Œuvres posthumes de Saint-Martin, Tours, Letourmy, 1807, t. I. Précision dans la présentation par Nicole Jacques-Chaquin}.


§. Saint-Martin

Saint-Martin prend le titre de philosophe inconnu, en tête de plusieurs de ses ouvrages. Le premier, qui parut en 1775, avait pour titre : des Erreurs et de la Vérité, ou les hommes rappelés aux vrais principes de la science (30). « C’est à Lyon, dit-il, que je l’ai écrit par désœuvrement et par colère contre les philosophes ; j’étais indigné de lire dans Boulanger, que les religions n’avaient pris naissance que dans la frayeur occasionée [sic] par les catastrophes de la nature. Je composai cet ouvrage en quatre mois de temps et auprès du feu [221] de la cuisine, n’ayant pas de chambre où je pusse me chauffer (31).

« C’est pour avoir oublié les principes dont je traite, que toutes les erreurs dévorent la terre, et que les hommes ont embrassé une variété universelle de dogmes et de systèmes. Cependant, quoique la lumière soit faite pour tous les yeux, il est encore plus certain que tous les yeux ne sont pas faits pour la voir dans son éclat ; et le petit nombre de ceux qui sont dépositaires des vérités que j’annonce, est voué à la prudence et à la discrétion par les engagements les plus formels. Aussi me suis-je promis d’en user avec beaucoup de réserve dans cet écrit, et de m’y envelopper d’un voile que les yeux les moins ordinaires ne pourront pas toujours percer, d’autant que j’y parle quelquefois de toute autre chose que de ce dont je parais traiter. »

Il s’est ménagé, comme on le voit, le moyen d’être inintelligible; et il s’est si bien enveloppé, que ce qu’il y a de plus clair dans le livre, c’est le titre. Cependant son obscurité même est peut-être ce qui lui a donné quelque crédit ; on a imprimé à Londres, comme faisant suite à l’ouvrage de Saint-Martin, deux volumes auxquels il n’a eu aucune part (32).

Il fit ensuite paraître son Tableau de l’ordre [222] naturel, l’Homme de désir, Lettre sur la révolution française, un opuscule sur les Institutions propres à fonder la morale d’un peuple, un Essai sur les signes. Lui-même nous apprend qu’il a fait l’Ecce homo, d’après une notion vive qu’il avait eue à Strasbourg. C’est dans cette ville qu’il a écrit le Nouvel homme, à l’instigation d’un neveu de Swedenborg.

Le tome II de l’ouvrage intitulé : De l’esprit des choses (33), offre des morceaux intéressants, par lesquels il justifie divers faits consignés dans l’Écriture Sainte, sur lesquels les incrédules avaient formé des objections ; par exemple, le matérialisme dont ils ont accusé Moïse. Là s’applique une phrase de son premier volume : « Le besoin d’admiration dans l’homme, dépose victorieusement contre l’athéisme (34). » On y trouve {retrouve} la touche originale et bizarre de Saint-Martin, à l’occasion de vingt-trois mille hommes condamnés à périr. La mort, dit-il, n’est que le mandat d’amener des criminels (35).

Mais à quelques vues saines s’intercalent une foule de choses inintelligibles, au milieu desquelles la raison s’égare sur la danse, sur la moelle ; {« } elle est l’image du limon, de ce matras général, [223] ou de ce chaos par lequel la nature temporelle actuelle a commencé. — Sur l’esprit astral ou sidérique : le temple de Jérusalem eut lieu pour garantir les opérations du culte lévitique des communications astrales. — L’existence des êtres corporels n’est qu’une véritable quadrature. — Toute la nature est un somnambulisme. — Notre bouche est entre les deux régions interne et externe, réelle et apparente ; elle est susceptible de frayer avec l’une et l’autre : aussi les hommes se donnent plus de baisers perfides que de baisers sincères et profitables. — Si l’homme fût resté dans sa gloire, sa reproduction eût été l’acte le plus important, et qui eût le plus augmenté le lustre de sa sublime destination : aujourd'hui cette reproduction est exposée aux plus grands périls. Dans le premier plan, il vivait dans l’unité des essences ; mais actuellement les essences sont divisées : une preuve de notre dégradation, est que ce soit la femme terrestre qui engendre aujourd’hui l’image de l’homme, et qu’il soit obligé de lui conférer cette œuvre sublime qu’il n’est plus digne d’opérer lui-même. Néanmoins, la loi des générations des divers principes, tant intellectuels que physiques, est telle, que quelle que soit la région vers laquelle il porte son désir, il y trouve bientôt un matras pour recevoir son image : vérité immense et terrible (36).{ »}

[224] Le Ministère de l’homme esprit, par le philosophe inconnu, parut en 1802 (37). « C’est l’homme de désir qui va parler. Mais comment se fera-t-il entendre des hommes du torrent ? Il n’a que des principes à leur offrir. — L’homme n'est pas dans les mesures qui lui seraient propres, il est dans une altération. — L’univers est sur son lit de douleur ; c’est à nous à le consoler. » Viennent ensuite des rêveries sur la formation des planètes et sur la révolution française. — « Probablement elle a eu pour objet, de la part de la Providence, d’émonder, sinon de suspendre le ministère de la prière. »

Dans un parallèle entre le christianisme et le catholicisme, comme si ces deux choses n’étaient pas identiques, il s’est donné libre carrière pour dénaturer et calomnier le catholicisme, « qui n’est, dit-il, que le séminaire, la voie d’épreuves et de travail, la région des règles, la discipline du néophyte pour arriver au christianisme. — Le christianisme repose immédiatement sur la parole non écrite, il porte notre foi jusque dans la région lumineuse de la parole divine : le catholicisme repose, en général, sur la parole écrite ou sur l’Évangile, et particulièrement sur la messe ; il borne la foi aux limites de la parole écrite ou de la tradition. — Le christianisme est le terme, le catholicisme n’est que le moyen ; le [225] christianisme est le fruit de l’arbre, le catholicisme ne peut en être que l’engrais ; le christianisme n’a suscité la guerre que contre le péché, le catholicisme l’a suscitée contre les hommes (38). » L’auteur étaye sans doute de quelques preuves ses assertions ? {Oh} Non ; assurer d’un air tranchant, cela lui suffit. Veut-on savoir ce que lui-même pensait de son Ministère de l’homme esprit ? il va nous l’apprendre.

« Quoique cet ouvrage soit plus clair que les autres, il est trop loin des idées humaines pour que j’aie compté sur son succès. J’ai senti souvent en l’écrivant que je faisais là comme si j’allais jouer sur mon violon des valses {walses} et des contredanses dans le cimetière de Montmartre, où j’aurais beau faire aller mon archet, les cadavres qui sont là n’entendraient aucun de mes sons et ne danseraient pas. »

Saint-Martin a publié un Éclair sur l’association humaine (39). « Le but de cette association ne peut être que l’équilibre d’où elle est descendue par une altération quelconque. » Jusque-là, on le comprend; mais comprendra qui pourra comment « la propriété de l’homme est son indigence, et la souveraineté du peuple son impuissance (40).

[226] Le philosophe inconnu, qui ne se croyait pas digne de dénouer les cordons de Bœhm (41), s’est cru digne au moins de traduire divers écrits de ce visionnaire : les Trois principes de l’essence divine, la Triple vie, l’Aurore naissante. « On a voulu tout matérialiser, dit le traducteur ; mais l’époque approche où les sciences divines seront réconciliées avec les sciences naturelles ; à force de scruter celles-ci, et de tourmenter les éléments, on remontera à la source. L’Aurore naissante n’est que le premier bourgeon de la branche (42). » Le Traité {des trois principes} de l’essence divine ou de l’éternel engendrement (43), nous apprend que, dans l’état d’innocence, « Adam ne prenait pas de nourriture ; car s’il eût dû manger du fruit terrestre, il aurait dû manger dans son corps et avoir des boyaux. Or, une puanteur comme celle que nous portons actuellement dans notre corps, pouvait-elle subsister dans le paradis, dans la sainteté de Dieu ? (44) » Cent autres passages de la même force, dans les œuvres de Bœhm et de Saint-Martin, peuvent servir à fixer l’opinion qu’on doit avoir du premier {de lui}, et de son traducteur qui l’admire.

« On ne devrait faire des vers qu’après avoir fait [227] un miracle, puisque les vers ne doivent avoir pour objet que de le célébrer (45). » On ignore si Saint-Martin a fait des miracles ; mais il a publié le Cimetière d’Amboise, poème qui n’est pas merveilleux : on y lit entre autres ces vers :

« Homme, c’est ici-bas qu’il a pris la naissance,
Ce néant où l’on veut condamner ton essence. »

On entrevoit sa pensée, qui est bonne; mais un néant qui a pris naissance !

On a rendu à plusieurs grands hommes le mauvais service de mettre au jour une foule de pièces qu’ils avaient condamnées à l’oubli. On l’a fait pour Montaigne, en publiant ses Voyages ; pour Érasme, en exhumant des archives de Bâle diverses lettres, presque toutes sans intérêt. La postérité n’élèvera jamais le philosophe inconnu au même rang que le philosophe de Rotterdam {Roterdam} : c’était une raison de plus pour faire un choix dans ce qu’on a publié de lui sous le titre d’Œuvres posthumes (46). La république des lettres est-elle grandement intéressée à savoir que, « dans l’ordre de la nature, il était plus sensuel que sensible, et que les femmes sont plus sensibles que sensuelles ? »

Les chrétiens ne verront qu’un blasphème dans [228] la phrase suivante : « Depuis l’avènement du Christ, chaque homme peut, dans le don qui lui est propre, aller plus loin que le Christ (47). »

L’auteur nous dit que les écrivains ne donnent que {« } de la crotte dorée, mais que lui il donne de l’or crotté (48).{ »} Il serait étonnant que, dans la volumineuse collection de ses écrits, on ne trouvât pas quelques paillettes d’or. Il faut parler à charge et à décharge. On a indiqué ci-dessus quelques morceaux concernant l’Écriture sainte, qui annoncent autant d’énergie que de sagesse. En général, son style est facile, animé, quelquefois brillant ; des sentiments pieux et l’amour de la vertu respirent dans ses ouvrages. On lit avec plaisir des réflexions telles que celle-ci : « Je n’ai jamais goûté bien longtemps les beautés qu’offrent à nos yeux la terre, le spectacle des champs ; mon esprit s’élevait bientôt au modèle dont ces objets nous peignent les richesses et les perfections, et il abandonnait l’image pour jouir du doux sentiment de son auteur. Qui oserait nier même que tous les charmes que goûtent les admirateurs de la nature, fussent pris dans la même source sans qu’ils le croient ? »

On sera surpris peut-être de ne pas trouver ici un précis raisonné de ses idées, un corps de doctrine ; mais à qui la faute ? Ses disciples contestent [229] la faculté de l’apprécier à quiconque n’est pas initié dans son système ; tel ne l’est qu’au premier degré ; tel autre au second, au troisième. A merveille ! Mais, si le système de votre maître est, comme vous le prétendez, si intéressant, si avantageux pour l’humanité, pourquoi ne pas le mettre à portée de tout le monde ? De cette région élevée où vous le dites placé, ne pourrait-il pas s’abaisser jusqu’à l’intelligence du vulgaire ? — Non : c’est chose impossible. — Alors, permettez-moi d’élever des doutes sur l’importance et l’avantage de son système ; car en fait de religion et morale, il est dans la bonté de Dieu, et dans l’ordre essentiel des choses, que ce qui est utile à tous, soit accessible à tous. Au surplus, Saint-Martin nous dit : « Il n’y a que le développement radical de notre essence intime qui puisse nous conduire au spiritalisme [sic] actif (49). » Et si ce développement radical ne s’est pas encore opéré chez bien des gens, il n’est pas surprenant qu’ils soient encore à grande distance du spiritalisme [sic] actif, et que n’étant que des hommes du torrent, ils ne puissent comprendre l’Homme de désir.

Le {la} mode des analyses est en désuétude chez les Français. La preuve en est dans la plupart de leurs journaux littéraires qui, au lieu de présenter dans un abrégé soigneusement travaillé la substance d’un [230] ouvrage, se bornent à quelques extraits, et souvent jugent, louent ou condamnent d’après le titre de l’ouvrage et le parti auquel l’auteur est censé appartenir. Cette méthode atteste et favorise l’ignorance, l’impuissance et la prévention ; {A partir de la phrase : La preuve en est dans la plupart… jusqu’à et la prévention, nous avons un ajout de la 2e édition} mais l’usage s’est introduit de nous donner l’esprit des divers auteurs : c’est une chose utile aux hommes, qui sont persuadés qu’après la vertu, le temps est la chose la plus précieuse. Il y a tant à faire dans le courant de la vie, et la vie est si courte { !} : quelques vues saines, quelques idées lumineuses surnagent aux extravagances dans les œuvres de Saint-Martin. Ce triage, fait avec goût, formerait un petit volume, et serait accueilli du public ; sans cela, la collection volumineuse du Philosophe inconnu n’aura pour lecteurs que des adeptes de l’illuminisme. Quoique Lavater ait loué l’Homme de désir, cet éloge d’un rêveur, d’ailleurs estimable, est-il, sur les objets de cette nature, une recommandation auprès de la postérité ? Probablement elle mettra sur la même ligne les ouvrages de Muralt, de Saint-Martin.


§ Dutois

{La partie qui suit sur la Thréicie n’existe pas dans la version originale. Le texte reprend plus loin}.

La Thréicie, ou la seule voie des sciences divines et humaines, qui prétend que toute l’Europe est livrée à des cultes d’erreur; que Jésus-Christ est un astre divin qui ne se donne pas pour le Messie. Sa doctrine est celle des Égyptiens (50).

[231] La Théorie circonsphérique des deux genres de beau, par Cordier de Launay, ancien intendant de Normandie, où l’on apprend que l’Apocalypse, dont il admet le caractère divin et prophétique, est entièrement accompli. C’est le plus intelligible de tous les poèmes épiques. L’Apocalypse est un saint paravent composite (51).

{suite du texte original : de Dutois qui a fait}

La Philosophie divine, en trois volumes, par Dutois, et le {ce} Traité de l’Origine, des usages, des abus, des quantités, et des mélanges de la raison et de la foi (52). Il est dirigé contre le magnétisme, l’illuminisme, le somnambulisme : il combat Mesmer, Swedenborg, quoiqu’il y trouve de grandes vérités, et parait opposé à Saint-Martin : il reproche aux frères Moraves de prendre pour la grâce pure du Saint-Esprit, une grâce inférieure qui est un mélange de sensuel. Leur religion, dit-il, n’est qu’un fond {fard} du vieil homme ; car, si on quitte leur société, alors on manque de charité envers les déserteurs. L’auteur, qui parait protestant, s’étend néanmoins sur les sectes nombreuses de protestants, leurs ramifications multipliées qu’il attribue à l’orgueil spirituel (53).

Il prédit (c’était en 1792, et cela était facile [232] à voir) que les incrédules deviendraient persécuteurs contre tout ce qui porte l’empreinte du christianisme. Réaumur, ayant amassé quatre-vingt mille araignées, espérait en tirer de la soie : elles se massacrèrent toutes ; image exacte de ce que feraient les déistes, s'ils étaient réunis (54). « Les incrédules trouvent injuste qu’on ait chassé les Cananéens de la Palestine, et ce sont les horreurs du somnambulisme qui les ont fait chasser (55). » Assurément voilà du nouveau.

« Le chaos dont parle Moïse n’est pas à beaucoup près la première création décrite par Moïse ; cependant il est impossible que la création décrite par Moïse soit la première création physique des corps (56). L’oignon reproché aux Égyptiens était type dans la nature physique des cieux astraux, de leur coucher (57).

» L’esprit astral est un diminutif de l’esprit uni à Dieu ; c’est une émanation de Dieu avant le péché originel. Cet esprit astral est le plus haut point de la raison, c’est un substitut inférieur à l’esprit de Dieu qui éclairait Adam avant sa chute (58).

» Tout boit et est bu à son tour dans l’univers (59). Socrate a eu l’accessit du martyre (60). »

[233] A ces rêveries s’intercalent quelques réflexions qui seraient bonnes si l’on n’y retrouvait un alliage hétérogène qui en atténue la valeur. « La Rochefoucault connaissait assez le monde pour peindre la fausseté des vertus infectées de l’amour-propre ; mais, il ne connaissait pas assez les grands principes de la religion, les vertus vraies et divines en regard avec les fausses (61). »

« La religion de la croix est la seule, universelle, éternelle ; ainsi la religion de Jésus-Christ est la seule qui ait jamais été. La croix est répandue dans toute la nature, et dans tout l’Univers astral et physique (62). »

L’auteur vient ensuite au quiétisme, qui paraît lui être cher. On a réimprimé, à Lausanne, les ouvrages de Mme Guyon, en quarante {40} volumes, dont vingt d’un commentaire sur la Bible : il trouve cela admirable.

« Le vrai quiétisme, ou mysticisme, n’est autre que la religion du cœur et de l’amour ; et cette vie intérieure, cachée en Dieu, dont parle l’apôtre. » Le fougueux Bossuet supposait, dit-il, que les quiétistes attendent la grâce dans un état d’immobilité sans prier ; mais qu’on lise, ajoute t-il, les divers ouvrages de Mme Guyon, ou y verra le contraire (63).

{Le texte de la 1ère édition s’arrête ici pour reprendre plus loin}.

Toutes les espèces d’illuminés attachent un vif [234] intérêt à ses ouvrages, à ceux de sainte Brigite [sic], Taulere, Rusbrock, sainte Catherine de Sienne, sainte Thérèse, Denys le Chartreux, Poiret, Antoinette Bourguignon, Bernier de Louvigny, Desmarets de Saint-Sorlin.

Assurément une distance énorme sépare ces divers écrivains, considérés tant pour l’exactitude du dogme que pour la pureté de la morale. Mais tous ont une empreinte sentimentale et affectueuse, dont la piété éclairée fait usage, et dont le mysticisme abuse.

Jusqu’à présent Jacques Bœhm conserve son crédit chez les illuminés, les swerdenborgistes, les martinistes, qui dans ces dernières années ont publié des traductions des écrits de ce coryphée, de ceux de Swedenborg, de Hendismarc et de Guillaume Law, ministre anglican, dont les ouvrages ascétiques contiennent d’excellents morceaux (64), alliés quelquefois au mysticisme du philosophe teuton (Jacques Bœhm), dont il a donné une version anglaise.

En 1805 parut, et fut réimprimée en 1809 la Voie de la science divine, traduite librement de l’anglais de Guillaume Law, précédée de La Voix qui crie dans le désert, par Lodoik (65). Dans cette [235] traduction libre, on trouve le centre radical, l’homme de désir, l’homme du torrent ; notre âme, émanation du Dieu triun, est un vrai cadavre spirituel. Les écrits de Bœhm enseignent la base véritable de la religion chrétienne (65).

Postérieurement à Guillaume Law, beaucoup d’autres protestants anglais ont commenté l’Écriture Sainte à leur manière. Tandis que leurs sociétés bibliques repoussent même l’idée de joindre des notes explicatives à leur distribution des livres saints, n’ont-ils pas trouvé dans l’Apocalypse la chute de Napoléon et surtout la destruction de la papauté ? Les catholiques, appuyés sur la certitude des promesses divines, gémissaient ou riaient sur cette foule de sermons prêchés en Angleterre, dans lesquels la destruction du saint-siège était présentée comme inévitable.


§ J. de Maistre

Les ouvrages du comte de Maistre ont été dernièrement proclamés comme des chefs-d’œuvre, par des hommes de parti qui auraient dû se borner à dire qu’on y trouve des choses excellentes ; et dans ce nombre sans doute on ne peut comprendre ses rêveries sur le bourreau, sur l'importance de ses fonctions ; on rappelle ici le nom de cet écrivain, seulement pour l’indiquer, comme manifestant une tendance au martinisme, surtout dans ses Soirées de Saint-Pétersbourg. Telle est l’assertion suivante : « Incessamment il sera [236] démontré que les corps célestes, sont mus précisément comme le corps humain, par des intelligences qui leur sont unies sans qu’on sache comment. C’est cependant ce qui est sur le point de se vérifier, sans qu’il y ait bientôt aucun moyen de disputer. Cette doctrine pourra sembler paradoxale sans doute, et même ridicule, parce que l’opinion environnante en impose ; mais, attendu que l’affinité naturelle de la religion naturelle et de la science les réunissent dans la tête d’un seul homme de génie, l’apparition de cet homme ne saurait être éloignée, et peut-être même il existe déjà, etc. (66). » Certes, tout homme sensé, tout chrétien éclairé croit à l’affinité naturelle de la religion et de la science, et abhorre comme une impiété, le plan des despotes qui, en simulant hypocritement la dévotion, repoussent le développement des sciences morales et politiques. Toujours en harmonie avec l’Évangile, elles révèlent aux nations leurs droits imprescriptibles, tandis que l’absolutisme s’efforce d’écarter la lumière et de museler les nations pour les asservir. Mais, au lieu de présenter comme opinion, assurément très innocente et possible, la réunion des deux substances matérielle et spirituelle dans les astres, ce qui les constitue dans l’état de personnes, le comte de Maistre assure, et [237] nous devons incessamment en avoir la preuve; recommande seulement d’attendre. Il a dans certain parti, en France surtout, de nombreux sectateurs, et même à Rome. Attendons.


 

§. Duménil

La Manifestation de l’esprit de vérité (attribuée à Duménil), publiée en 1819, est encore une de ces productions où quelques idées saines sont mêlées à d’étranges erreurs. « Il n’y a ni mitres, ni pontifes, ni ordonnances humaines, ni cérémonies pour le disciple de la vérité, point de sacerdoce, point de propriété. Là où l’on peut dire, ce champ est à moi, la terre m’appartient, l’homme n’est-il pas ennemi de l’homme, son maître, son tyran ? Toute richesse individuelle est contraire à la loi de Dieu, etc., etc. (67). »


 

 

§ Réfutation

{Le texte de la 1ère édition se poursuit ici}

Les tentatives {efforts} qu’on a faites depuis une cinquantaine d’années, pour répandre en France les visions des swedenborgistes, martinistes, victimes, ont donné lieu de composer quelques bons ouvrages destinés à les réfuter. Dès l’an 1763, un prêtre, nommé Bausset, imprima ses Principes généraux pour l’intelligence des prophètes (68). Il ne nie pas l’inspiration particulière, mais il veut qu’on en discerne les caractères ; et il établit que l’enseignement intérieur ne peut jamais être opposé à l’enseignement de l’église. Chassanis publia, en 1802, [238] son livre du Christianisme et de son culte contre une fausse spiritualité (69). Il combat surtout le livre des Manifestes et le discours intitulé : l’Union de Dieu et de l’homme, ou l’Avènement spirituel du Verbe. Chassanis réfute très bien les nouveaux illuminés, qui, feignant d’être chrétiens, prétendent ne devoir être instruits que par la parole intérieure, dépouillent la religion de tout extérieur, n’admettent que le culte en esprit, veulent des sacrements qui n’aient rien de sensible, des lois qui n’aient pour organe que le Saint-Esprit, qui en un mot métamorphosent le christianisme en une religion sans mystères ni dogmes, ni sacrements, ni préceptes.

{Fin du texte de la 1ère édition}

L’illuminisme, le mysticisme et mille autres espèces d’aberrations peuvent s’implanter dans tous les pays. N’avons-nous pas eu dernièrement les visions de Martin, habitant de Gallardon, diocèse de Chartres, qui avait des entrevues fréquentes avec l’ange Gabriel (70) ? L’Espagne naguère avait une béate qui faisait des merveilles. A Munster, en Westphalie, existait, en 1818, une religieuse qui avait les stigmates de la passion, miraculeusement empreints (71). Ce fait coïncide avec les guérisons [239] du prince de Hohenloe. (Voyez l’article Gassner.)

Depuis quelques années les journaux ont retenti des scènes mystiques, et quelquefois tragiques, que produit une fausse Spiritualité en Suisse, surtout dans les cantons de Turgovie et de Schaffhouse, et en Allemagne, surtout vers Dresde. Les hauts faits d’Adam Muller ont retenti dans le Nord. La plupart de ces fanatiques rattachent leurs systèmes au somnambulisme et au magnétisme, qui depuis près d’un demi-siècle occupe des têtes délirantes, mais aussi des hommes auxquels on ne peut contester des talents distingués et une conduite intègre.


 

 

§. Le mesmérisme

Mesmer, ayant apporté chez nous sa théorie d’un fluide universel qui remplit l’espace, qui, par son mouvement, influe sur tous les corps et les met en rapport, se vit entouré de disciples parmi lesquels on distinguait, entre autres, Deslon, Bergasse, Court de Gebelin, le père Hervier, ancien bibliothécaire des Grands Augustins, et orateur éloquent.

L’influence respective des individus d’après une correspondance vraie, ou supposée telle, de volonté, d’imagination, de sensibilité ; telle est la base du mesmérisme. Le rapport secret des commissaires nommés par l’académie des sciences et la faculté de médecine de Paris, démontre comme incontestable l’influence pernicieuse du mesmérisme sur les mœurs entre les divers sexes, et particulièrement chez les femmes, dont le genre nerveux est plus irritable. A cette doctrine se rattache, celle [240] du somnambulisme, qu’on a voulu rattacher au swedenborgisme, au martinisme, à la rabdomancie, à la baguette de Thouvenel et au galvanisme. Les dangers résultant du mesmérisme sont absolument les mêmes que celui du naturalisme, des convulsions, dont le médecin Hecquet dévoila l’immoralité.

La théorie de Mesmer, présentée comme découverte, n’était rien moins que nouvelle. Le docteur Thouret a prouvé que le mesmérisme avait, pendant un siècle, formé en médecine une secte nombreuse, et fait éclore une foule de dissertations. Le magnétisme, qui, oublié pendant quelque temps et ressuscité de nos jours, s’est enté sur le mesmérisme, se divise en trois systèmes : 1°. Celui de Mesmer, qui admet, comme Épicure, les émanations de cet agent universel, fluide répandu partout ; 2°. celui de Puységur, qui s’étaie de faits et d’expériences ; 3°. celui des spiritualistes, ou, comme les appelait Saint-Martin, des spiritalistes [sic], dont les idées rentraient théosophiquement dans le plan de cet ouvrage. C’est par l’action de l’âme sur les objets créés qu’ils expliquent les phénomènes de la nature, l’harmonie entre les êtres corporels et le monde intellectuel. Ils exigent, et leur exemple inspire la confiance en Dieu, la résignation à ses volontés, le désir ardent et sincère de connaître la vérité comme dispositions nécessaires et indispensables pour être en communication avec les êtres immatériels, par une sorte [241] d’initiation, dont les formes sont conservées dans une tradition orale. On peut regarder ces idées comme réelles ou fantastiques, du moins elles ne blessent point le dogme ; mais dans le nombre des magnétiseurs, envisagés sous cette dénomination générale, on en rencontre quelques-uns qui franchissent les limites de l’orthodoxie.

Les annales magnétiques sont un vaste dépôt où les partisans du système ont déposé toutes leurs recherches sur cet objet, depuis nos jours jusqu’à la plus haute antiquité. On conçoit qu’ils n’auront pas oublié les sibylles, que saint Jérôme croyait inspirées par le démon, tandis que saint Hilaire était d’une opinion contraire. Aux sibylles, les annalistes assimilent les saintes Brigitte, Hedwige et Hildegarde, et prétendent que les guérisons par le tact sont possibles. Ils ajoutent que les merveilles opérées sur les crisiaques, au cimetière de Saint-Médard, ne devaient pas être attribuées ni à Dieu ni au démon, mais à la nature, même l’apparition de Saül à la pythonisse ; et, comme les néologues protestants, ils appliquent à d’autres faits surnaturels racontés dans la Bible, cette thaumaturgie médicale qui tendrait à démolir tout le plan de la révélation. Ils prétendent, en outre, que la faculté divinatoire, le pouvoir de scruter l’avenir, n’excède pas les forces de la nature, et qu’il est un attribut naturel de l’homme (72).

[242] Le baron d’Henin, qui appelle Puységur, Deleuze et leurs adhérents, fluidistes-magnétistes, leur reproche de donner à la pratique du magnétisme animal les caractères d’une religion mystique et superstitieuse, en exigeant une foi implicite. Les effets du magnétisme, bien que très étonnants sont, à son avis, très naturels, et par eux on peut expliquer les talismans, les maléfices, les visions, prédictions, apparitions, etc. (73).

Plusieurs ouvrages dirigés contre les partisans du magnétisme, du somnambulisme, déclarent nettement qu’il est l’œuvre du démon (74). L’abbé Fiard, qui l’assure, se vante d’une autre découverte non moins importante : c’est que le diable a fait la révolution française, à l’aide d’hommes et de femmes qui étaient, ou des démons incarnés, ou des adorateurs du diable (75).

L’auteur d’une thèse latine imprimée à Paris, en 1787, sous les yeux de Mesmer, attribuait à la [243] vertu magnétique les miracles opérés par Jésus-Christ (76) ; assertion blasphématoire, dont la traduction serait que l’Homme-Dieu était un imposteur. Le même écrivain pense que le premier degré, « le degré suprême pour être adepte, exige qu’on foule sacrilègement aux pieds le crucifix. » Quand on articule de telles accusations, il faut exhiber des preuves.

 


Notes

 

1. Dodd., tom. I, pag. 252.

2. Misellaneous works of Robert Robinson, in-8°. , Harlow, 1807, tom. III, pag. 25.

3. Enthusiasmus triumphatus, dans la collection of Several philosophical writings, of D. Henri More , in-fol. , London , 1662, et Historia Davidis Georgii ejusque asseclarum, par Zeidtler, etc., in-4°, Lipsiæ , 1701.

4. Vita, facta et scripta Valent. Weigelii, par Hilliger, in 4°., Wittenbergæ, 1721, pag. 26.

5. Gœtzii dissertatio hist. theol. errores quos, etc., Joh. Bannier, etc., in-4°, Lubecæ, 1707, pag. 14.

6. Ex Hist. eccies. de Nicol. Drabicio neoprophetâ in Hungariâ delirante et turbulento jussu, etc., par de Koeler, in-4°, Altorfii 1721, pag. 18.

7. Dissertatio hist. de fanaticis Silesiorum et speciatim Quirino Kuldmanno, etc., par Gott. Wernsdorf, in-4., Wittenbergæ, 1733, et œuvres philosophiques de Leibnitz, in-4°, Amsterdam. 1765, pag. 474 et suiv.

8. Arnoldi Deseriptio theologiæ mysticæ, pag. 592.

9. Anti-Boehmius, par Abrah. Calovius, édit. 3a, in-4°, Lipsiæ, 1692. Propempticum judicium theologicum de scriptis Jac. Boehmi, etc., par Wagner, in-4°, Tubingæ, 1669. — De Jacob. Boehmo, etc., par Rumphius , in-4°, Susati, 1704. — Historiam Jac. Boehmii Sutoris, etc., par J. Ad. Calovius, in-4°, Wittenbergæ 1705. — De Jacob. Boehmo judicium Henrici Mori, etc., præside Jo. Wolfgang Jagero, etc., in-4°, Tubingæ, 1708.

10. Voyez Exercitatio historico-moralis de sutoribus fanaticis, etc., sub præside Frederic, in-4°, Schiedam, 1730, pag. 34 et suiv.

11. Nouvelles recherches sur les maladies de l’esprit, par André Mathey, in-8°, Paris et Genève, 1816, pag. 103 et 104.

12. Walch Polemica theolog., cap. 5, pag. 309 et suiv. ; et Engel. Klupfelii Institutiones theologiæ dogmat. , in-8°, Viennæ, 1817, pars prima, prolegom. de divers. relig., cap. 34, de fanaticis, pag. 224 et suiv.

13. Le récit détaillé de ces évènements dans le Columbian Magazin, 1788, pag. 195 et suiv.

14. Tom. II, pag. 323.

15. In-12, 1683.

16. Voyez Paquot, tom. III, pag. 181 et suiv.

17. Lettre de Haller, sur sa conversion.

18. Œuvres philosophiques de Leibnitz [sic], in-4., Amsterdam, 1765, liv. 4, C. 19, pag. 474.

19. Deux volumes in-12, Londres, 1739.

20. In-12.

21. Pag. 9, 14, 33, 38, 133, etc.

22. Pag. 77.

23. Tom. I, pag. 256 ; et tom. II, pag. 196 et suiv.

24. Tom. II, pag. 289; tom. I, pag. 60 et suiv.

25. Tom. I, pag. 269, 115, 135, 159.

26. Tom. II, la lettre 4, pag. 240 et suiv.

27. In-8°; Londres, 1791.

28. Acta latomorum, ou chronologie de la franc-maçonnerie, in-8°, Paris, 1805, tom. I, pag. 93, et tom. II, pag. 362.

29. Bacon et Zimmermann, lesquels ?

30. In-8°, Édimbourg.

31. Œuvres posthumes de Saint-Martin, 2 vol. in-8°, Paris, 1808, tom. I.

32. La Biographie moderne, 2e édition, Leipsick [sic], 1806, article Saint-Martin.

33. De l’esprit des choses, ou coup d’œil philosophique sur la nature des êtres et sur l’objet de leur existence, 2 vol. iu-8°, Paris, an VIII.

34. Tom. I. pas. 9.

35. Pag. 180.

36. Tom. I, pag. 61, 62, l06, 124, 186, 190, 278, et tom. II, pag. 286.

37. In-8°.

38. Pag. 5, 6,13, 104, 168, 371, 572 et passim.

39. In-12°, Paris, 1797.

40. Pag. 19, 45, etc.

41. Ses Œuvres posthumes.

42. Pag. 4 de l'avertissement.

43. In-8°, 2 vol., Paris, 1802.

44. Pag. 74.

45. Œuvres posthumes, tom. 1, pag. 199.

46. Deux volumes in-8°, Tours, 1807.

47. Tom. I, pag. 6, 7 et pag. 135.

48. Tom. I, pag. 119.

49. Le Ministère de l’homme d’esprit [sic pour Ministère de l’Homme-esprit], pag. 14 de l’introduction.

50.La Thréicie ou la seule voie des sciences divines et humaines, du culte vrai et de la morale, in-8°, Francfort, 1795, pag. 7, 53 et passim, réimprimé à Paris, en l’an VII.

51. Théorie circonsphérique des deux genres de beau, avec application à toutes les mythologies, etc., in-8°, Berlin, 1819, pag. 60, 67, 131, etc.

52. Nouvelle édition. 2 vol. in-8°, Paris, 1792.

53. Tom. I, pag. 138 298 ; et tom. II, pag. 133, 294, 509 et suiv.

54. Tom. I, pag. 87 et 97.

55. Tom. I, pag. 256.

56. Tom. II, pag. 268.

57. Tom. II, pag. 275.

58. Tom. I, pag. 18, 50, etc.

59. Tom. I, pag. 314.

60. Tom. I, pag. 249.

61. Tom. I, pag. 56.

62. Tom. I, pag. 285 et suiv.

63. Tom. II, pag. 25, 26.

64. Surtout ses deux ouvrages : A serions call to a devout and holy life, et The spirit of prayer, qui contiennent des choses admirables.

65. In-8°, 1815.

65. Pag. 30, 86 et passim.

66. Les Soirées de Saint-Pétersbourg, etc., par M. le comte Joseph De Maistre, in-8°, Paris, 1821, tom. II, pag. 317 et suiv.

67. In-8°, sans nom de lieu, 1819, pag. 18, 38, 68, 107, etc.

68. In-12, 1763.

69. In-12, 1802.

70. Relation concernant les événements qui sont arrivés à un laboureur de la Beauce dans les premiers mois de 1816, in-8°, Paris, 1817.

71. Annonces spéciales de typographie, n°. 5, 24 juillet 1819.

72. Histoire critique du magnétisme animal par M. Deleuse, in-8°, Paris, 1813 et passim ; et Bibliothèque du magnétisme animal, décembre 1817, janvier 1818, et les mois suivants.

73. La Biographie nouvelle des contemporains, in-8°. Paris, 1814, tom, XIII pag. 259 et suiv., article Mesmer.

74. Superstitions et prestiges des philosophes ou les démonolâtres du siècle des lumières, par l’auteur des Précurseurs de l’Ante-Christ, in-8°, Lyon, 1817.

75. Ses Lettres philosophiques sur la magie, in-8°, 1801. — La France trompée par les magiciens et les démonolâtres du dix-huitième siècle, in-8°, 1803.

76. Le mystère du magnétisme et des somnambules dévoilé aux âmes dévotes et vertueuses, par un homme du monde, in-8°, Paris , 1815, pag. 9 et 10.

« Les hommes ne sont pas encore assez sages. Ils ne savent pas qu'il faut séparer toute espèce de religion de toute espèce de gouvernement; que la religion ne doit pas plus être une affaire d'État que la manière de faire la cuisine ; qu'il doit être permis de prier Dieu à sa mode, comme de manger suivant son goût ; et que, pourvu qu'on soit soumis aux lois, l'estomac et la conscience doivent avoir leur liberté entière. Cela viendra un jour, mais je mourrai avec la douleur de n'avoir pas vu cet heureux temps. »

Voltaire le 19 mars 1765 à son ami Bertrand, Pasteur à Berne.

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