besson_bibliographie-1807

Bibliographie moderne ou dictionnaire biographique de tous les hommes morts et vivants

Bibliographie moderne ou dictionnaire biographique de tous les hommes morts et vivants qui ont marqué à là fin du 18e siècle et au commencement de celui-ci, par leurs écrits, leur rang, leurs emplois, leurs talents, leurs malheurs, leurs vertus, leurs crimes et où tous les faits qui les concernent sont rapportés de la manière la plus impartiale et la plus authentique.

Troisième Édition, corrigée et augmentée d'un grand nombre d'articles. - Tome quatrième. - A Leipzig, chez Paul-Jacques Besson, Libraire. -  1807. Page 253.

Cet article est cité dans la revue : Les Cahiers de Saint-Martin, Bélisane Nice 1978, p. 18.


SAINT-MARTIN (N.), chef de la secte des Martinistes, naquit à Amboise, d'une famille distinguée par ses services milit[aires], et devint lieut[enant] dans le régim[ent]. de Foix. Mais son amour pour le calme ne pouvant s’accorder avec le tumulte des armes, il obtint sa retraite après 6 ans de service, se mit à voyager, et vint à Lyon, où il resta 3 ans, solitaire et presque inconnu. Il se retira ensuite à Paris, où sa vie paisible et obscure le mit à l’abri des fureurs de la révol[ution], qui le trouva impassible, sans crainte comme sans enthousiasme, n’approuvant ni ne blâmant rien avec excès ; son âme, repliée sur elle-même, ne parut jamais oublier un moment les idées philosophiques qui lui étaient chères. Il est mort à Aunai [sic pour Aulnay], dans la maison du sénataur [sic] Lenoire-la-Roche [sic pour Lenoir-Laroche], en 1804 [Saint-Martin est mort le 14 octobre 1803], à l’âge de 62 ans [au lieu de 60 ans puisque que Saint-Martin est né en 1743].

Saint-Martin doit sa réputation au livre intitulé : des Erreurs et de la Vérité, ou les Hommes rappelés au principe universel de la science : il parut en 1775, et a eu un grand nombre d'éditions.

« C’est pour avoir oublié, dit l’auteur, les principes dont je traite, que toutes les erreurs dévorent la terre, et que les homme sont embrasé une variété universelle de dogmes et de systèmes… Cependant, quoique la lumière soit faite pour tous les yeux, il est encore plus certain que tous les yeux ne sont pas faits pour la voir dans son éclat ; et le petit nombre de ceux qui sont dépositaires des vérités que j’annonce, est voué à la prudence et à la discrétion, par les engagemen[t]s les plus formels. Aussi, me suis-je permis d’user de beaucoup de réserve dans cet écrit, et de m’y envelopper souvent d’un voile que les yeux les moins ordinaires ne pourront pas toujours percer, d’autant que j’y parle quelquefois de toute autre chose que de ce dont je parais traiter ». [1]

On sent qu’avec une pareille explication, on peut être obscur et inintelligible tout à son aise, et l’auteur, à cet égard, tient tout ce qu’il promet. Ses raisonnemen[t]s, pour des lecteurs vulgaires, paraissent ceux d’un fou ; mais ces disciples , appelés Martinistes, du nom de leur maître, les révèrent comme ceux d’un sage, On a imprimé à Londres, en anglais, un ouvrage en 2 volumes, comme une suite de celui de Saint-Martin, mais celui-ci n’y a eu aucune part ; et cette prétendue suite, dit-on, n’a aucun rapport avec la base du système et les opinions de l’auteur. Saint-Martin a encore publié un volume, sous le titre: Tableau de l’ordre naturel [sic au lieu de Tableau naturel qui existent entre Dieu, l’Homme et l’Univers]. Comme il était un peu moins obscur que le précédent, il a obtenu moins de succès.


Note

1. Cette citation de Saint-Martin se trouve dans Des erreurs et de la vérité page IV-V.

Voici le texte des Erreurs, comparé à la citation de la Biographie moderne.

 

Texte de Saint-Martin Texte de la Biographie moderne
« Le Lecteur conclura, dis-je, que si les principes dont je traite, sont le seul fondement de toute vérité, c'est pour les avoir oubliés, que toutes ces erreurs dévorent la Terre, et qu'ainsi il faut qu'on les y ait presque généralement méconnus, puisque l'ignorance et l'incertitude y sont comme universelles. « C’est pour avoir oublié, dit l’auteur, les principes dont je traite, que toutes les erreurs dévorent la terre, et que les hommes ont embrasé une variété universelle de dogmes et de systèmes…


« Cependant, quoique la Lumière soit faite pour tous les yeux, il est encore plus certain que tous les yeux ne sont pas faits pour la voir dans son éclat. C’est pour cela que le petit nombre des hommes dépositaires des vérités que j’annonce, est voué à la prudence et à la discrétion par les engagements les plus formels. « Cependant, quoique la lumière soit faite pour tous les yeux, il est encore plus certain que tous les yeux ne sont pas faits pour la voir dans son éclat ; et le petit nombre de ceux qui sont dépositaires des vérités que j’annonce, est voué à la prudence et à la discrétion, par les engagemen[t]s les plus formels.

« Aussi me suis-je promis d'user de beau­coup de réserve dans cet écrit, et de m'y envelopper souvent d'un voile que les yeux les moins ordinaires ne pourront pas toujours percer, d'autant que j'y parle quelquefois de toute autre chose que de ce dont je parais traiter. » « Aussi, me suis-je permis d’user de beaucoup de réserve dans cet écrit, et de m’y envelopper souvent d’un voile que les yeux les moins ordinaires ne pourront pas toujours percer, d’autant que j’y parle quelquefois de toute autre chose que de ce dont je parais traiter »

« Les hommes ne sont pas encore assez sages. Ils ne savent pas qu'il faut séparer toute espèce de religion de toute espèce de gouvernement; que la religion ne doit pas plus être une affaire d'État que la manière de faire la cuisine ; qu'il doit être permis de prier Dieu à sa mode, comme de manger suivant son goût ; et que, pourvu qu'on soit soumis aux lois, l'estomac et la conscience doivent avoir leur liberté entière. Cela viendra un jour, mais je mourrai avec la douleur de n'avoir pas vu cet heureux temps. »

Voltaire le 19 mars 1765 à son ami Bertrand, Pasteur à Berne.

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