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Accueil Présence de LCSM Dans les biographies Jules Michelet - Le salut par les femmes

Jules Michelet - Le salut par les femmes

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Jules Michelet
Élan mystique de la réaction
Saint-Martin
Le salut par les femmes
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Le salut par les femmes

Ce cœur humain à la porte duquel Dieu lui-même [138] supplie pour entrer, c’est surtout celui de la femme. C’est elle qui, enfantant l’homme, le met dans la voie de régénération. Voilà pourquoi ses cuisantes douleurs sont alors suivies de la joie la plus pure. (5)

Ainsi, en toute femme s’ouvre le grand mystère chrétien. L’homme, dit-il crûment, ne fait qu’attacher l’homme à la voie, du péché, dont la femme le retire. Ainsi elle est le vrai sauveur.

C’est la voie logique où devait arriver le christianisme, où Marie remplace Jésus, où l’homme disparaît, où le dernier mystère, c’est le céleste hymen de la femme et de Dieu.

Cette spiritualité mettait trop en lumière son côté féminin, scabreux. Les beaux livres de Saint-Martin furent peu réimprimés. Ce n’étaient pas des livres de lecture, mais bien plutôt des textes pour les conversations dévotes, des textes que deux cœurs attendris pouvaient plutôt ensemble méditer, savourer.

Cette action occulte et pénétrante, si peu remarquée (tandis que les livres barbares et criards de De Maistre qui vinrent après, étaient prônés partout) n’en fut que plus profonde. Ce fut comme un liquide qui, s’infiltrant par endosmose, va percer des couches épaisses ; elles en reçoivent l’influence, mais ne le connaissent [139] même pas. Et cela, en grande douceur, et même en grand silence. Des hommes envenimés, furieux, dont la fureur avait peu d’action, sentirent le mot de l'Évangile : « Heureux les doux !- car ils posséderont la terre ! » Ainsi se renoua l’habile et cauteleuse tradition. Ce ne fut pas grand’chose, et l’on n’y sentit rien. Sans faire bruit, ni se manifester hors d’un monde discret, la dévotion nouvelle, comme une tache d’huile, descendit.

Les côtés révolutionnaires par lesquels Saint-Martin semble accepter beaucoup d’idées nouvelles étaient le passeport par lequel des femmes tendres, adroites et passionnées obtenaient grâce pour les idées chrétiennes et trouvaient moyen d’en parler. Dès que les hommes un peu rudes du temps semblaient étonnés et scandalisés, elles demandaient grâce, passaient, alléguaient leurs vieilles habitudes d’enfance, de famille, d’éducation. Et alors on se taisait, on craignait de les contrister.

Pour un but si noble et si saint, elles ne craignaient rien, s’aventuraient, apprenaient les chemins des ministères et du Luxembourg même. Telles, sous la protection de leurs amis (fournisseurs ou banquiers), pour des affaires de charité, d’humanité, risquaient même d’aller chez Barras, où la Tallien et Joséphine les écoutaient avec bonté. Rewbell était bourru, et La Révellière inflexible dans son philosophisme. Le plus facile était Carnot, homme de cœur dont le tempérament sanguin était sensible aux femmes. Pour mille objets d’humanité, congés, réforme, retour de leurs [140] enfants, les mères s’adressaient à lui. Il en fut bien plus entouré lorsque l’on fit la faute de confier aux Directeurs une charge bien délicate, la radiation de la liste des émigrés. Ainsi, des hommes politiques qu’on aurait dû réserver tout entiers aux intérêts généraux furent sans cesse assourdis, énervés d’affaires individuelles, des plus touchantes plaintes des mères, sœurs, épouses et filles, en rapport continuel avec ces intéressantes personnes. Elles venaient là, suppliantes, pour jurer le civisme et les bonnes dispositions des émigrés. Une atmosphère d’Ancien Régime enveloppa le Directoire. Les classes distinguées d’autrefois, avec leurs sentiments, leurs idées religieuses, s’y montraient sous un jour aimable de nature et d'humanité.

 



Mise à jour le Lundi, 14 Décembre 2009 16:04