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VI. Comparaison Balzac et Saint-Martin - 2e partie 4. Séraphita et L’homme de désir

Étude sur Balzac et la pensée saint-martinienne -


VI. Comparaison Balzac et Saint-Martin - 2ème partie

4. Séraphita et L’homme de désir

A la suite des auteurs que nous référençons ci-dessous, nous avons été surpris du nombre d’éléments repris textuellement ou inspirés par L’Homme de désir de Saint-Martin, alors que Balzac ne parle ni ne cite cet ouvrage, contrairement à Emmanuel Swedenborg, qui est cité 69 fois dans le Livre mystique ! Rappelons que Saint-Martin est nommément cité 5 fois dans ce même livre.

Cette partie a été largement inspirée des ouvrages suivants :

  • René Guénon, Balzac et Saint-Martin, revue La Gnose, n° 5, 1910, pp. 100-103.
  • Pauline Bernheim, Balzac und Swedenborg : einfluss der mystik Swedenborgs und Saint-Martins auf die romandichtung Balzacs, Berlin, Ebering, 1914, p. 91-95.
  • Fernand Baldensperger, Orientations étrangères chez Honoré de Balzac, Paris, Champion, 1927, p. 179. Cet auteur ne cite qu’un extrait qu’il attribue d’ailleurs par erreur au Ministère de l’Homme-Esprit.
  • Maurice Bardèche, Balzac romancier, Genève, Slatkine Reprints, 1967, p. 177.
  • Philippe Bertault, Traité de la prière, Paris, Boivin, 1942, pp. 43-51.
  • Ernst R. Curtius, Balzac, essai. Traduction de Michel Beretti. Éditions des Syrtes, 1999, p. 86.
  • Balzac, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, collection La Pléiade, Tome XI, 2005, et notamment les notes et commentaires d’Henri Gauthier.

a) Chapitre IV – Les nuées du sanctuaire

Dans ce chapitre, Balzac critique les religions, les philosophies et les sciences. Une grande partie est consacrée aux Nombres. Nous n’avons pas trouvé de référence à L’Homme de désir dans ce chapitre, mais des ressemblances avec Le Ministère de l’Homme-Esprit. Ainsi :

Séraphîta, LM, p.251 – Bruxelles, p. 182 – PL, p.821.

 

Le Ministère de l’Homme-Esprit, p. 6-7.

Votre géométrie établit que la ligne droite est le chemin le plus court d’un point à un autre, mais votre astronomie vous démontre que Dieu n’a procédé que par des courbes. […] Qui prononcera donc entre la géométrie rectiligne et la géométrie curviligne ? entre la théorie de la droite et la théorie de la courbe ? … le boulet, que l’homme veut diriger en droite ligne, marche par la courbe, et quand vous voulez sûrement atteindre un point dans l’espace, vous ordonnez à la bombe de suivre sa cruelle parabole.

 

Enfin j’en pourrais dire autant de celui tiré du mouvement infini en ligne droite que suppose l’axiome de Newton ; car ce phénomène, quoiqu’il ne soit point nié par les mathématiciens, n’existe cependant que métaphysiquement, et il n’y en a pas un seul exemple dans la nature, puisque même le moindre projectile ne peut procéder dans son cours sans décrire une parabole.

b) Chapitre VI – Le chemin pour aller à Dieu

Séraphita, p. 311 – Bruxelles, p. 225-226 - PL, p. 843.

 

L’Homme de désir

Si vous voulez habituer vos pieds à marcher dans le chemin qui mène à Dieu, sachez bien que les commencements en sont rudes, dit cette âme endolorie. Dieu veut être cherché pour lui-même ; en ce sens, il est jaloux, il vous veut tout entier ; mais quand vous vous êtes donné à lui, jamais il ne vous abandonne. Je vais vous laisser les clefs du royaume où brille sa lumière, où vous serez partout dans le sein du Père, dans le cœur de l’Époux. Aucune sentinelle n’en défend les approches, vous pouvez y entrer de tous côtés ; son palais, ses trésors, son sceptre, rien n’est gardé; il a dit à tous : Prenez-les ! Mais il faut vouloir y aller.

 

 

Le Dieu des esprits, le Dieu de l’éternelle vérité, n’est-il pas un Dieu jaloux ? (chant 57, v.2, p. 99).

N’oublie jamais que c’est un Dieu jaloux, et qui aime qu’on le prie ; parce qu’il sait que la prière ouvre les canaux de sa vie divine (c.271, v.2, p. 374).

Séraphita, p. 318-319 – Bruxelles, p. 231 - PL, p. 846.

… mais ici Dieu transforme notre misère en délices, alors la joie se multiplie par elle-même, elle va croissant et n’a pas de limites. Ainsi, dans la vie Terrestre l’amour passager se termine par des tribulations constantes ; tandis que dans la vie Spirituelle, les tribulations d’un jour se terminent par des joies infinies. Votre âme est incessamment joyeuse, vous sentez Dieu près de vous, en vous ; il donne à toutes choses une saveur sainte, il rayonne dans votre âme, il vous empreint de sa douceur, il vous désintéresse de la terre pour vous-même, et vous y intéresse pour lui-même, en vous laissant exercer son pouvoir, vous faites en son nom les œuvres qu'il inspire : vous séchez les larmes, vous agissez pour lui, vous n’avez plus rien en propre, vous aimez comme lui les créatures d’un inextinguible amour, vous les voudriez toutes en marche vers lui, comme une véritable amante voudrait voir tous les peuples du monde obéir à son bien-aimé.

 

L’Homme de désir, c.42, p. 72.

 

v. 8 - Mais la prière vraie est fille de l’amour.

v. 9 - Elle est le sel de la science ; elle la fait germer dans le cœur de l’homme, comme dans son terrain naturel.

v.10 - Elle transforme toutes les infortunes en délices.

v.11 - Parce qu’elle est fille de l’amour ; parce qu’il faut aimer pour prier, et qu’il faut être sublime et vertueux pour aimer.

 

Séraphita, p. 320 – Bruxelles, p. 234 - PL, p. 846.

Fruit du développement laborieux, progressif, continu de toutes les propriétés naturelles, animées par le souffle divin de la Parole, elle a des activités enchanteresses, elle est le dernier culte : ce n’est ni le culte matériel qui a des images, ni le culte spirituel qui a des formules ; c’est le culte du monde divin. Nous ne disons plus de prières, la prière s’allume en nous, elle est une faculté qui s’exerce d’elle-même ; elle a conquis ce caractère d’activité qui la porte au-dessus des formes ; alors elle relie l’âme à Dieu…

 

 

L’Homme de désir, c.194, p. 280.

 

v.4 - … Les heureux fruits qui résulteront de ces divines émotions, après t’avoir ainsi vivifié, te rendront propre à vivifier tes semblables à leur tour.

v.5 - Mais cette prière si efficace peut-elle jamais venir de nous ? Ne faut-il pas qu’elle nous soit suggérée ? Songeons seulement à l’écouter avec attention, et à la répéter avec exactitude.

v.6 - Qui nous donnera d’être comme un enfant à l’égard de la voix qui nous la dicte.

c.19, v.1 - Aussi impétueuse que les aquilons déchaînés, aussi ardente que les feux de l’Etna, aussi persévérante que le mouvement des astres,

v.2 - telle doit être la prière de l’homme… (p.33).

Séraphita, p. 321 – Bruxelles, p. 232 - PL, pp. 846-847.

Que la soif et la faim de Dieu vous saisissent ! Courez à Lui comme le cerf altéré court à la fontaine.

 

L’Homme de désir, c.49, p. 87.

 

v.9 - Courons, comme le cerf altéré, jusqu’à ce que nous rencontrions la source des eaux vives.

Séraphita, p. 322-323 – Bruxelles, p. 232 - PL, p. 847.

Ainsi de ceux qui sont dévorés par le feu de la Foi. Soyez un de ces couples hardis ? Dieu souffre la témérité, il aime à être pris avec violence, il ne rejette jamais celui qui peut aller jusqu’à lui.

 

 

L’Homme de désir, c.240, p. 336.

v.4 - Que ta prière soit confiante et hardie, jusqu’à la témérité. Il veut qu’on le prenne par violence. Tout est violence dans la région ténébreuse où nous sommes.

v.5 - Il veut que tu le forces pour ainsi dire à sortir de sa propre contemplation pour jeter les yeux sur ta misère, et voler à ton secours.

v.6 - Ici s’arrête l’œuvre de l’homme, parce qu’ici commence l’œuvre de Dieu. Dieu veut qu’on le prenne par violence ; mais il veut se donner par amour.

Séraphita, p. 324 – Bruxelles, p. 235 - PL, p. 848.

… votre nature spiritualisée est bientôt investie de la puissance : comme un vent impétueux, comme la foudre, elle traverse tout, et participe au pouvoir de Dieu.

Vous avez l’agilité de l’esprit ; en un instant vous vous rendez présent dans toutes les régions, vous êtes transporté comme la Parole même d’un bout du monde à l’autre. Il est une harmonie, et vous y participez ; il est une lumière, et vous la voyez ; il est une mélodie, et son accord est en vous. En cet état, vous sentirez votre intelligence se développer, grandir, et sa vue atteindre à des distances prodigieuses ; il n’est en effet ni temps, ni lieu pour l’esprit ; l’espace et la durée sont des proportions créées pour la matière, l’esprit et la matière n’ont rien de commun.

 

L’Homme de désir, c.194, p. 180.

 

v.2 - Tu sentiras ton corps acquérir une douce chaleur, qui lui procurera à la fin et l’agilité et la santé.

 

 

 

 

v.3 - Tu sentiras ton intelligence se développer, et porter sa vue à des distances si prodigieuses, que tu seras saisi d’admiration pour l’auteur de tant de merveilles.

v.4 - Tu sentiras ton cœur s’épanouir à des joies si ravissantes, qu’il éclaterait si elles se prolongeaient plus longtemps.

c) Chapitre VII – L’Assomption

Séraphita, p. 344-348 – Bruxelles, p. 246-252 - PL, p. 854-858.

A cette prière, un voile tomba. Soit que la force inconnue qui pesait sur les deux Voyants eût momentanément anéanti leurs formes corporelles, soit qu’elle eût fait surgir leur esprit au dehors, ils sentirent en eux comme un partage du pur et de l’impur.

[…] La Vraie Lumière parut, elle éclaira les créations qui leur semblèrent arides, quand ils virent la source où les mondes Terrestres, Spirituels et Divins puisent le mouvement.

Chaque monde formait un centre où tendaient tous les points de sa sphère ; ces mondes étaient eux-mêmes des points qui tendaient au centre de leur espèce ;

 

 

chaque espèce avait son centre vers de grandes régions célestes qui communiquaient avec l’intarissable et flamboyant moteur de tout ce qui est.

 

 

Ainsi, depuis le grand jusqu’au plus petit des mondes, et depuis le plus petit des mondes jusqu’à la plus petite portion des êtres dont il se composait, tout était individuel, et néanmoins tout était un.

Quel était le dessein de cet être fixe dans son essence et dans ses facultés, qui les transmettait sans les perdre, qui les manifestait hors de Lui sans les séparer de Lui, qui rendait hors de Lui toutes ces créations fixes dans leur essence, et muables dans leurs formes ? Les deux convives [Wilfrid et Minna] appelés à cette fête ne pouvaient que voir l’ordre et la disposition des êtres, en admirer la fin immédiate ; les anges seuls allaient au-delà, connaissaient les moyens et comprenaient la fin.

Mais ce que les deux élus purent contempler, ce dont ils rapportèrent un témoignage qui éclaira leurs âmes pour toujours, fut la preuve de l’action des mondes et des êtres, la conscience de l’effort avec lequel ils tendent à un résultat.

 

Ils entendirent les diverses parties de l’Infini formant une mélodie vivante ; et, à chaque temps où l’accord se faisait sentir comme une immense respiration, les Mondes entraînés par ce mouvement unanime, s’inclinaient vers l’Être immense qui, de son centre impénétrable, faisait tout sortir et ramenait tout à lui.

 

 

 

 

Cette incessante alternative de voix et de silence semblait être la mesure de l’hymne saint qui retentissait et se prolongeait dans les siècles des siècles.

 

Wilfrid et Minna comprirent alors quelques-unes des mystérieuses paroles de Celui qui sur la terre leur était apparu à chacun d’eux sous la forme qui le leur rendait compréhensible, à l’un Séraphitûs, à l'autre Séraphîta, quand ils virent que là tout était homogène.

La lumière enfantait la mélodie, la mélodie enfantait la lumière, les couleurs étaient lumière et mélodie, le mouvement était un Nombre doué de la parole ; enfin, tout y était à la fois sonore, diaphane, mobile ; en sorte que chaque chose se pénétrant l’une par l’autre, l’étendue était sans obstacle et pouvait être parcourue par les Anges dans la profondeur de l’infini.

Le Séraphin replia légèrement ses ailes pour prendre son vol, et ne se tourna plus vers eux ; ils n’avaient plus rien de commun ensemble.

Il s’élança, l’immense envergure de son scintillant plumage couvrit les deux Voyants comme d’une ombre bienfaisante qui leur permit de lever les yeux et de le voir emporté dans sa gloire, accompagné du joyeux archange. Il monta comme un soleil radieux qui sort du sein des ondes, mais, plus majestueux que l’astre et promis à de plus belles destinées, il ne devait pas être enchaîné comme les créations inférieures dans une vie circulaire ;

il suivait la ligne de l’infini, et tendait sans déviation vers le centre unique pour s’y plonger dans la vie éternelle, pour y recevoir dans ses facultés et dans son essence le pouvoir de jouir par l’amour, et le don de comprendre par la sagesse.

[…] Des myriades d'anges accoururent tous du même vol, sans confusion, tous pareils, tous dissemblables, simples comme la rose des champs, immenses comme les mondes.

[…] Les deux Voyants aperçurent le Séraphin tout obscur au milieu des légions immortelles dont les ailes étaient comme l’immense panache des forêts agitées par une brise.

Aussitôt, comme si toutes les flèches d’un carquois s’élançaient ensemble, les Esprits chassèrent d’un souffle les vestiges de son ancienne forme ; à mesure que montait le Séraphin, il devenait plus pur ; bientôt, il ne leur sembla qu’un léger dessin de ce qu’ils avaient vu quand il s’était transfiguré, des lignes de feu sans ombre.

Il montait, recevait de cercle en cercle un don nouveau ; puis le signe de son élection se transmettait à la sphère supérieure où il montait toujours purifié. Aucune des voix ne se taisait, l’hymne se propageait dans tous ses modes.

[…] … En ce moment, le Séraphin se perdait au sein du sanctuaire où il reçut le don de vie éternelle.

 

L’Homme de désir, c.46, p. 78-82.

 

v.1 - … Une force inconnue a pesé sur moi.

v.2 - Soit qu’elle ait précipité ma matière bien au dessous de mon esprit, soit qu’elle ait attiré mon esprit au dehors et au dessus de mon corps ténébreux, il s’est fait en moi un partage du pur et de l’impur. […].

v.7 - J’admirais, comment cette source universelle anime tous les êtres, et distribue à chacun d’eux, l’intarissable feu, où tout a puisé le mouvement.

Chaque individu formait un centre, où réfléchissaient tous les points de son individuelle ([1]) sphère.

v.8 - Ces individus n’étaient eux-mêmes que les points des sphères particulières que composent leur classe et leur espèce, et qui sont également dirigées par un centre.

v.9 - Celles-ci avaient leur centre à leur tour dans les différents règnes de la nature. Ces règnes avaient le leur dans les grandes régions de l’univers.

v.10 - Ces grandes régions correspondaient à des centres actifs et doués d’une vie inextinguible, et ceux-ci avaient pour centre le premier et unique moteur de tout ce qui est.

v.11 - Ainsi tout est individuel, et cependant tout n’est qu’un. Quel est donc cet être immense qui de son centre impénétrable voit tous les êtres, les astres, l’univers entier ne former qu’un point de son incommensurable sphère ?

v.12 - Je ne voyais là cependant que l’ordre et la disposition des êtres. Mais à peine eus-je fixé ma vue sur leur action, que le tableau s’agrandit.

v.13 - C’est à leur action de peindre le sentiment de leur existence, et d’apporter en témoignage au centre universel de toutes les sphères l’aveu de son exclusive suprématie.

v.14 - J’entendais tous les êtres se livrer avec effort à l’accomplissement de cette action. Lorsqu’ils souffrent, leurs cris invoquent la vie, lorsqu’ils sont heureux, leurs chants la célèbrent.

v.17 - J’entendais toutes les parties de l’univers former une sublime mélodie, où les sons aigus étaient balancés par des sons graves, les sons du désir par ceux de la jouissance et de la joie. Ils se prêtaient mutuellement leurs secours, pour que l’ordre s’établît partout, et annonçât la grande unité.

v.18 - À chaque temps, où cet accord universel se fait sentir, tous les êtres, comme entraînés par un mouvement commun, se prosternaient ensemble devant l’éternel ; et le tribut répété de leurs hommages et de leurs prières, semblait être à la fois, l’âme, la vie et la mesure du plus harmonieux des concerts.

v.19 - Et c’est ainsi que se complétait le cantique, que toute la création est chargée de chanter, depuis que la voix vivifiante du Tout-Puissant entonna la première, l’hymne saint qui doit se propager pendant la durée des siècles.

v.20 - Ce n’est point comme dans notre ténébreuse demeure, où les sons ne peuvent se comparer qu’avec des sons, les couleurs qu’avec des couleurs, une substance qu’avec son analogue ; là tout était homogène ([2]).

v.21 - La lumière rendait des sons, la mélodie enfantait la lumière, les couleurs avaient du mouvement, parce que les couleurs étaient vivantes, et les objets étaient à la fois sonores, diaphanes et assez mobiles pour se pénétrer les uns et les autres, et parcourir d’un trait toute l’étendue.

 

v.22 - Du milieu de ce magnifique spectacle, je voyais l’âme humaine s’élever, comme le soleil radieux sort du sein des ondes.

v.23 - Encore plus majestueuse que lui, et faite pour une autre destinée, elle n’était point enchaînée comme lui dans un cours circulaire, où, lorsqu’elle aurait atteint son dernier point d’élévation, elle eût été forcée de décliner, sans jamais séjourner à demeure dans le lieu du repos.

v.24 - Mais suivant rapidement la ligne de l’infini, où elle a puisé la naissance, elle s’élevait vers le sommet des cieux, et tendait sans la moindre déviation, vers ce centre unique qui, siégeant de toute éternité au rang suprême, ne pourra jamais décliner, ni descendre de ce trône vivant, où il n’a jamais eu besoin de monter.

 

v.25 - A mesure que l’âme humaine parcourait les degrés de cette ligne infinie, je voyais les puissances des régions s’approcher d’elle, la soutenir de leurs ailes, chasser de leur souffle vivant le reste des souillures qu’elle avait contractées pendant son sommeil ici-bas.

 

v.26 - Et ensuite tracer sur elle, avec leurs mains de feu, l’attestation authentique de son initiation ;

afin qu’en se présentant à la région suivante, l’entrée lui en fût promptement ouverte, et qu’elle y reçût une nouvelle purification et une nouvelle récompense ([3]).

v.27 - Après être parvenue au dernier degré de cette ligne de vie, je la voyais prendre sa place sous les portiques de la sainte Jérusalem, siéger même sur les trônes d’Israël, employer des jours éternels de paix à administrer les lois divines parmi l’immensité des êtres, et jouir à jamais du droit ineffable d’être nourrie de la table du sanctuaire.

Séraphita, p. 350 – Bruxelles, p. 253 – PL, p. 858.

[…] Un grand cri de joie jaillit comme jaillirait une source arrêtée qui recommence ses milliers de gerbes florissantes où se joue le soleil en parsemant de diamants et de perles les gouttes lumineuses, à l’instant où le Séraphin reparut flamboyant et cria : — ÉTERNEL, ÉTERNEL, ÉTERNEL !

 

L’Homme de désir, c.300 p. 411.

 

v.12 - Toutes les régions régénérées dans la parole et dans la lumière, élèveront comme toi leur voix jusqu’aux cieux ; il n’existera plus qu’un seul son qui se fera entendre à jamais, et ce son le voici : l’Éternel, l’Éternel, l’Éternel, l’Éternel, l’Éternel, l’Éternel.

Séraphita, p. 354-356 – Bruxelles, p. 255-257 – PL, p. 858-589.

[…] Ils roulèrent dans les abymes, rentrèrent dans la poussière des mondes inférieurs, virent tout à coup la terre comme un lieu souterrain dont le spectacle leur fut éclairé par la lumière qu’ils rapportaient en leur âme, et qui les environnait encore d’un nuage où se répétaient vaguement les harmonies du ciel en se dissipant. Ce spectacle était celui dont les yeux intérieurs des Prophètes avaient été frappés jadis ([4]). Ministres des religions diverses toutes prétendues vraies, Rois tous consacrés par la Force et par la Terreur, Guerriers et Grands se partageant mutuellement la Terre, Savants et Riches au-dessus d’une foule bruyante et souffrante qu’ils broyaient bruyamment sous leurs pieds ; tous étaient accompagnés de leurs serviteurs et de leurs femmes, tous étaient vêtus de robes d’or, d’argent, d’azur, couverts de perles, de pierreries arrachées aux entrailles de la Terre, dérobée au fond des Mers, et pour lesquelles l’humanité s’était dès longtemps employée, en suant et blasphémant. Mais ces richesses et ces splendeurs construites de sang furent comme de vieux haillons aux yeux des deux Proscrits.

 

 

— Que faites-vous ainsi rangés et immobiles ? leur cria Wilfrid. Ils ne répondirent pas.

— Que faites-vous ainsi rangés et immobiles ? Ils ne répondirent pas.

Wilfrid leur imposa les mains en leur criant: — Que faites-vous ainsi rangés et immobiles ?

Par un mouvement unanime, tous entrouvrirent leurs robes et laissèrent voir des corps desséchés, rongés par des vers, corrompus, pulvérisés, travaillés par d’horribles maladies.

— Vous conduisez les nations à la mort, leur dit Wilfrid. Vous avez adultéré la terre, dénaturé la parole, prostitué la justice. Après avoir mangé l’herbe des pâturages, vous tuez maintenant les brebis ?

Vous croyez-vous justifiés en montrant vos plaies ? Je vais avertir ceux de mes frères qui peuvent encore entendre la Voix, afin qu’ils puissent aller s’abreuver aux sources que vous avez cachées.

 

L’Homme de désir, pp. 138-139.

 

C.82, v.3 - Rois de la terre, cessez de vous glorifier, frémissez des dangers qui vous environnent ; et songez que vous n’êtes plus les seuls qui ayez des pouvoirs dans vos royaumes. Vous êtes aux prises avec vos propres sujets.

v.2 - Savants de la terre, qui avez été trop sensibles aux amorces de la fausse lumière, pour l’être aux charmes attrayants des vrais trésors que Dieu déposa dans l’âme humaine.

v.3 - Riches du monde qui avez détourné vos yeux du pauvre, et qui avez tant frémi de lui ressembler, parce que ne sachant pas faire l’aumône sans orgueil, vous n’auriez pas su la recevoir sans humiliation :

v.4 - Venez apprendre ici votre destinée ; car les germes corrompus, que vous avez semés en vous, ont pénétré jusqu’à la terre vierge ; voilà pourquoi leurs fruits seront si amers !

v.5 - Le vieillard est saisi par l’esprit et porté dans des lieux souterrains. Une salle immense se présente à sa vue ; elle est superbement ornée.

v.6 - Des ministres de l’église, des grands, une nombreuse troupe d’hommes et de femmes sont assis tout autour, et sont vêtus de robes couvertes d’or et de pierreries.

v.7 - Que faites-vous, ainsi rangés et immobiles ?... ils ne répondent point.

v.8 - Que faites-vous, ainsi rangés et immobiles ?... ils remuent la tête d’un air triste, et ne répondent point.

v.9 - Que faites-vous, ainsi rangés et immobiles ?... ils ne répondent point ; mais tous d’un mouvement commun entrouvrent leur robe, et laissent voir des corps rongés de vers et d’ulcères.

C.83, v.1 - Pasteurs des âmes, qui avez égaré vos brebis, au lieu de les conduire dans les pâturages ; pasteurs des âmes, qui les avez fait dévorer par le lion féroce, ou qui les avez transformées vous-mêmes en loups carnassiers.

v.10 - L’horreur de ce spectacle effraie le vieillard ; l’odeur infecte de ces plaies le suffoque ; l’esprit le laisse baigné de pleurs, et lui ordonne d’avertir ceux de ses frères qui sont encore dans la maison de leur père.


Notes

[1] P. Bertault dit : « … où réfléchissaient tous les points de son universelle sphère » Traité de la prière, p. 45.

[2] P. Bertault ne cite pas les versets 17-20, ce qui est noté dans PL, note 3, p. 1707. Notons que dans la note 1 de la page 1706, Henri Gauthier cite Pauline Bernheim qui rajoute les versets 17 à 19.

[3] P. Bertault dit : « et qu’elle y reçût une nouvelle récompense ». Op. cit., p. 47.

[4] PL dit : « Ce spectacle était celui qui frappa jadis les yeux intérieurs des Prophètes », p. 858, comme P. Bertault, Traité, p. 48.


« Les hommes ne sont pas encore assez sages. Ils ne savent pas qu'il faut séparer toute espèce de religion de toute espèce de gouvernement; que la religion ne doit pas plus être une affaire d'État que la manière de faire la cuisine ; qu'il doit être permis de prier Dieu à sa mode, comme de manger suivant son goût ; et que, pourvu qu'on soit soumis aux lois, l'estomac et la conscience doivent avoir leur liberté entière. Cela viendra un jour, mais je mourrai avec la douleur de n'avoir pas vu cet heureux temps. »

Voltaire le 19 mars 1765 à son ami Bertrand, Pasteur à Berne.

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