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V. L’Homme de désir dans le Livre mystique 3e partie : 3. Le vocabulaire commun (suite)

Étude sur Balzac et la pensée saint-martinienne

Auteur : J.-L. Boutin


V. L’Homme de désir dans le Livre mystique - 3e partie (suite) : 3. Le vocabulaire commun -

 d) Pâtiments

  • Chez Balzac

Dans le Lys dans la vallée ([1]) :

« A quel talent nourri de larmes devrons-nous un jour la plus émouvante élégie ? la peinture des pâtiments subis en silence par les âmes dont les racines, tendres encore, ne rencontrent que de durs cailloux dans le sol domestique, dont les premières frondaisons sont déchirées par des mains haineuses, dont les fleurs sont atteintes par la gelée au moment où elles s’ouvrent ? ».

On trouve 1 occurrence dans Séraphîta

« Ainsi vient d’abord la vie où l’on souffre et dont les pâtiments, dont les angoisses donnent soif à l’amour » (LM, Séraphîta, p. 314-315. Bruxelles, Séraphîta, p. 228).

Dans les éditions suivantes, Balzac remplacera ce mot par tourments.

  • Chez Saint-Martin

Dans l’Homme de désir, on trouve 9 occurrences :

« Tes pâtiments intérieurs causés par la charité, peux-tu les croire inutiles à ton ami ? » (c.4, v.8).

« Qu’elles [les nations] deviennent assez pures pour sentir les pâtiments intérieurs de la charité » (c.4, v.11).

« Et de faire que je le soulage en me chargeant de quelques-uns des pâtiments de son amour » (c.4, v15).

« Et apprenez d’où viennent les douleurs des prophètes, et les pâtiments où la grande plaie tient tous les êtres » (c.20, v.17).

« Job, Zacharie, Michée, Luc, vous nous montrez l’esprit de mensonge et l’esprit de vérité, ayant des entretiens sans que l’être impur se rectifie, et il ne reçoit que des pâtiments par la présence du Dieu de justice » (c.136, v.10).

« Ne soyez plus effrayés des mots de sacrifices, de pâtiments et d’expiation ; il ne se plaît point à la douleur » (c.238, v.2).

« C’est pour cela que le feu est encore au-dessous, tandis que par sa loi ascendante il devrait être au dessus ; et c’est là ce qui tient en pâtiments toute la nature, ainsi que tous les êtres qui y sont assujettis » (c.248, v.8).

« Il a prié jusque dans son agonie ; les pâtiments de sa matière n’avaient point affaibli sa piété : et nous, misérables mortels, notre piété disparaît entièrement devant les joies de notre matière ! » (c.285, v.1).

« Dans le cinquième [degré], il ne trouve que remords, pâtiments, supplices et désespoir ; parce que c’est là le fruit ultérieur et le dernier terme où la matière conduit celui qui s’est assimilé à elle » (c.295, v.6).

Dans le tome second des Œuvres posthumes, on trouve 27 occurrences :

Qu’est-ce un pâtiment ? se demande Saint-Martin. Ce sont des épreuves infligées à l’homme suite à ses fautes et erreurs. Il existe ainsi des pâtiments ou fléaux universels et des pâtiments ou fléaux particuliers. Les pâtiments généraux et universels, provoqués par les chefs spirituels-temporels se transmettent à l’ensemble : ainsi en est-il de la faute du premier homme qui a soumis toute sa postérité aux pâtiments de la matière. Les pâtiments et fléaux particuliers concernent « des individus sans autorité, sans puissance et sans charge spirituelle, relativement à d’autres hommes, et qui sont seuls comptables de leur conduite, de leurs négligences et de leurs crimes » (p. 142-146). Saint-Martin les appelle « les pâtiments attachés à la carrière temporelle de l’homme » (p. 92) ; ils concernent le corps, l’âme et l’esprit.

Les pâtiments liés à la prévarication du premier homme sont assujetti à toute sa postérité et sont au nombre de trois : peine de corps, de l’âme et de l’esprit. Ces pâtiments servent à « opérer la réhabilitation en satisfaisant à la justice ». Ce sont

« trois épreuves indispensables, auxquelles le mineur est assujetti pendant son temps d’expiation ; … trois barrières que l’homme a posé par son crime, entre sa postérité et le séjour du repos dont il l’a fait descendre » (p. 90).

Le pâtiment du corps est lié à la mort et à toutes les souffrances associées (p. 88-89).

Le pâtiment de l’âme est celui

« qui vient au mineur par toutes les affections de l’âme animale et sensible, qui ne lui présentant que des actions illusoires, attendu qu’elles ne peuvent aller au-dessus de l’apparence, ne lui donnent qu’une nourriture vaine et trompeuse, au lieu des objets réels dont sa nature doit être vivifiée en qualité d’être divin » (p. 89).

Le pâtiment de l’esprit est celui

« que le mineur ressent de sa séparation d’avec le guide spirituel, en qui réside la vraie lumière et la force dont il a besoin, et dont il éprouve si rudement la privation » (p. 89-90).

Ces trois pâtiments ont leur effet dans le temps : le premier est arrivé dans le second millénaire ; le deuxième dans le quatrième millénaire et le troisième dans le septième millénaire, soit les nombres 2, 4 et 7. Le nombre 2,

« puissance perverse servant de réceptacle à tous les fléaux de la justice divine »,

et dont les êtres se trouvent ainsi séparé de la source de leur vie. Le nombre quaternaire, seconde puissance, est

« l’image de l’action divine opposée à cette puissance perverse, pour la contenir dans ses bornes de privation spirituelle et dans la molestation » (p. 128-129).

Le nombre spirituel septénaire est la puissance divine. Le rapport entre ces nombres donne 9, nombre de toute borne spirituelle.

Rappelons la définition que Joseph de Maistre donnait de ce terme dans Les Soirées de Saint-Pétersbourg :

« Le péché originel s’appelle le crime primitif : les actes de la puissance divine ou de ses agents dans l’univers s’appellent des bénédictions, et les peines infligées aux coupables des pâtiments. Souvent je les ai tenus moi-même en pâtiment, lorsqu’il m’arrivait de leur soutenir que tout ce qu’ils disaient de vrai n’était que le catéchisme couvert de mot étranges » ([2]).

e) Réparateur

On sait que Saint-Martin emploie fréquemment ce terme de divin réparateur pour désigner le Christ, qu’il nomme que très rarement dans ses écrits. Ainsi dans l’Homme de désir, nous trouvons 30 fois ce mot ; 14 fois dans Ecce homo ; 10 fois dans le tome I des Œuvres posthumes comme dans le tome II et 7 fois dans le Tableau naturel où ce mot est associé à universel.

Dans le Livre mystique, nous avons trouvé une seule fois ce mot :

« Réservons nos forces pour prier, lui dit Minna, tu n’as pas la mission des Prophètes, ni du Réparateur, ni du Messager, nous ne sommes encore que sur les confins de la première sphère : essayons de franchir les espaces sur les ailes de la prière » ([3]).

f) Magisme

  • Chez Balzac

« Balzac a donné lui-même un exposé systématique du magisme – et c’est dans Louis Lambert, un roman qui ambitionne en même temps de relater l’histoire du développement d’un génie » ([4]).

Pour Balzac, le magisme, qu’il situe en Perse, est « la science la plus haute parmi les sciences occultes » ; c’est une vaste science qui comprend « la connaissance des principes en fusion, les causes de la vie, la vie avant la vie, ce qu'elle sera par ses préparations avant d'être » (La messe de l’athée, p.13) ; c’est une « haute science qui cherche à découvrir le sens intime des choses, et qui recherche par quels fils déliés les effets naturels s’y rattachent. » C’est « la science qui vous révèle la marche de ces forces ; nous pouvons alors en user, et l’on voit alors les âmes » (Les Martyrs ignorés, pp. 249-250).

« De ce dogme sortent, en Perse, le Magisme ; en Égypte, les religions africaines et le Mosaïsme ; puis le Cabirisme et le Polythéisme gréco-romain. […]. Enfin Swedenborg reprend au Magisme, au Brahmaïsme, au Bouddhisme et au Mysticisme chrétien ce que ces quatre grandes religions ont de commun, de réel, de divin, et rend à leur doctrine une raison pour ainsi dire mathématique. ». Louis Lambert, p. 171 ([5]).

« Quoiqu’il en soit, si la plupart des têtes fortes de ce temps croyaient à la vaste science appelée le Magisme par les maîtres de l’astrologie judiciaire, et Sorcellerie par le public, ils y étaient autorisés par le succès des horoscopes ». Sur Catherine de Médicis, p. 9.

« La Chaldée, l’Inde, la Perse, l’Égypte, la Grèce, les Maures se sont transmis le Magisme, la science la plus haute parmi les Sciences Occultes, et qui tient en dépôt le fruit des veilles de chaque génération. Là était le lien de la grande et majestueuse institution de l’ordre du Temple ». Sur Catherine de Médicis, p. 56.

« Quoi qu’il en soit, cet homme [le Dr Desplein] s’était fait le confident de la chair, il la saisissait dans le passé comme dans l’avenir, en s’appuyant sur le présent. Mais a-t-il résumé toute la science en sa personne comme Hippocrate, Galien, Aristote ? A-t-il conduit toute une école vers des mondes nouveaux ? Non. S’il est impossible de refuser à ce perpétuel observateur de la chimie humaine l’antique science du Magisme, c’est-à-dire la connaissance des principes en fusion, les causes de la vie, la vie avant la vie, ce qu’elle sera par ses préparations avant d’être » La Messe de l’Athée, pp. 12-13 ([6]).

« Croyez aux sciences occultes ! le plus grand nombre des hommes les nient, rien de plus naturel ; elles ne sont connues que par des hommes clairsemés dans l’humanité, comme dans une forêt les arbres qui restent verts quand les autres sont dépouillés ; Bêcher, Stahl, Paracelse, Agrippa, Cardan sont de ces hommes incompris, incompris aussi bien que les alchimistes, accusés tous de chercher à faire de l’or ! Faire de l’or était leur point de départ ; mais croyez-en le témoignage d’un vieux savant, ils cherchaient mieux, ils voulaient trouver la molécule constitutive ; ils cherchaient le mouvement à son principe. Dans les infiniment petits, ils voulaient surprendre les secrets de la Vie universelle dont ils apercevaient le jeu. La réunion de ces sciences constitue le Magisme, ne le confondez pas avec la magie. Le Magisme est la haute science qui cherche à découvrir le sens intime des choses, et qui recherche par quels fils déliés les effets naturels s’y rattachent » Les Martyrs ignorés, pp. 248-250.

« Quoiqu’il en soit, si la plupart des têtes fortes de ce temps croyaient à la vaste science appelée le Magisme par les maîtres de l’astrologie judiciaire, et Sorcellerie par le public, ils étaient autorisés par le succès des horoscopes » Le secret des Ruggieri, pp.39-40 ([7]).

  • Chez Saint-Martin

Comparer avec les écrits de Saint-Martin :

« 310. J’ai assez montré dans mes écrits combien la prière de l’homme intérieur, était au-dessus des prières des formules, mais j’ai éprouvé en même temps combien les prières faites dans les Églises, avaient quelquefois l’avantage sur les prières faites dans la solitude et sans compagnons. Les temples sont pleins du magisme de la prière et du sacrifice. Ce magisme influe sur moi, et me rend en partie ce qui me manque. Les forts se passent de ces secours » ([8]).

« Ne sefforce-t-il pas de nous montrer tracées, leur âme toute entière, et leurs grandes pensées, afin qu’en nous charmant par ce magisme doux, leur esprit nous attire et s’unisse avec nous? » (Idem, p. 348).

« Si la nature est comme l’initiation de toutes les vérités, la Prière en est comme la consommation, parce qu’elle les renferme toutes en elle. Et pourquoi renferme-t-elle en elle toutes les religions ? C’est qu’elle imbibe notre âme de ce charme sacré, de ce magisme divin qui est la vie secrète de tous les êtres, de ce magisme qui explique la diversité des religions des hommes, et qui justifie même leurs transports pour les différentes clartés qui ravissent leur esprit, puisque ce magisme qui n’est autre chose que l’admiration, nous le rencontrons partout où nous trouvons Dieu ; enfin de ce magisme qui nous fait traverser les dangers sans les voir, supporter les fatigues sans les sentir, qui verse la paix, j’allais dire presque le plaisir sur nos maux et sur notre mort intime, en donnant dans ces cruels moments, à notre être impérissable, des activités enchanteresses qui le portent à son terme, comme par un indéfinissable prestige, et en lui dérobant pour ainsi dire les périlleux sentiers que nous avons nécessairement à parcourir, et en lui montrant physiquement que tous nos mouvements et tous nos pas se faisant dans la carrière de la vie, notre mort elle-même doit nous offrir ce caractère ; n’être pour nous qu’une des floraisons de l’admiration, et ne nous paraître que le sommet de cet édifice de la génération que nous devons bâtir pendant tout le cours de notre existence ». (Œuvres complètes, tome II, La Prière, pp. 403-404).

« Car il y a un magisme universel sur toutes les générations, elles le sentent toutes, et ne le comprennent pas » (Idem, p. 433).

« […] enfin le deutéronome où le peuple Juif, et dans lui tous les peuples peuvent apprendre à se prémunir contre l’idolâtrie, car il trouvera là les bases de relation, le magisme des effluves similaires de nos deux régions temporelles, et l’avertissement de nous garder des Dieux des nations ». (Ecce homo, p. 82.83) ([9]).

g) Hiéroglyphe(s)

  • Chez Balzac

2 occurrences dans Louis Lambert

« Qui nous expliquera philosophiquement la transition de la sensation à la pensée pure ; de la pensée pure, au verbe ; du verbe, à son expression hiéroglyphique ; des hiéroglyphes, à l’alphabet; de l’alphabet à l’éloquence écrite dont la beauté réside dans une suite d'images idéales, classées par les rhéteurs comme les hiéroglyphes de la pensée ». LM, Louis Lambert, p. 98 – Bruxelles, p. 10.

« La connaissance que je possédais de l’écriture de Lambert me permit, à l’aide du temps, de déchiffrer les hiéroglyphes de cette sténographie créée par l’impatience et la frénésie de la passion ». LM, Louis Lambert, p. 271-273 – Bruxelles, p. 136.

2 occurrences dans Séraphita :

« Ne dirait-on pas que la nature s’est plu à dessiner par d’ineffaçables hiéroglyphes le symbole de la vie norvégienne… » (LM, Les Proscrits, p. 10 – Bruxelles, p. 7-8).

«  … des nombres, vous l’avez ornée d’hiéroglyphes savamment rangées et peints, et vous avez crié : - Tout est là ». (LM, Séraphîta, p. 250 – Bruxelles, p. 182).

1 occurrence dans Le Lys dans la vallée ([10]) :

« J’ai fouillé bien des mystères, j’ai découvert la raison de plusieurs lois naturelles, le sens de quelques hiéroglyphes divins; de celui-ci, je ne sais rien, je l’étudie toujours comme une figure du casse-tête indien dont les brames se sont réservé la construction symbolique » (p. 163).

1 occurrence dans Les Martyrs Ignorés :

« Aujourd’hui les hiéroglyphes ne sont plus gravés sur les marbres d’Égypte, mais dans les mythologies qui sont des verbes animés » (Les Martyrs ignorés, p. 248).

  • Chez Saint-Martin

Dans l’Homme de désir, Saint-Martin l’emploie une seule fois :

« Ce que vous découvrirez pour une époque, pourrait-il convenir pour l’époque suivante ? Kircher a voulu expliquer les hiéroglyphes égyptiens et la fable isiaque. Que nous a-t-il appris ? Si ces monuments sont le fruit de la sagesse, étudiez d’abord ce que c’est la sagesse, pour pouvoir ensuite découvrir sa liaison avec eux » (c.153, v.3-4).

Dans le tome second du Tableau naturel, Saint-Martin en développe le sens :

« les symboles et hiéroglyphes sont des tableaux ou des signes destinés à rendre sensibles au plus grand nombre les vérités et les sciences utiles, et à les faire comprendre â ceux dont l’esprit borné ne pourrait les apercevoir, ni en conserver le souvenir, sans le secours de ces signes grossiers » (p. 206).

D’ailleurs, les hiéroglyphes sont des signes plus élevés que l’objet qu’ils désignent (p. 205, 209). Ils servent à montrer à l’homme « le vrai tableau de l’état de son être intellectuel » (p. 250). Ces hiéroglyphes, dans l’ordre naturel, précèdent les langues puisque « toutes nos paroles sont précédées intellectuellement en nous, par le tableau sensible de ce que nous voulons exprimer » (p. 255). Et de prendre l’exemple du triangle comme hiéroglyphe employé par les nations dans leurs monuments, mais dont « peu en ont connu ou dévoilé les véritables relations et le vrai sens » (p. 257, 259).

h) Sanctuaire

  • Chez Balzac

Dans le Livre mystique, on trouve 12 occurrences pour le mot « sanctuaire » :

« … il s’agit de donner à l’homme des ailes pour pénétrer dans le sanctuaire où Dieu se cache à nos regards ». LM, Les Proscrits, p. 40 – Bruxelles, p. 232.

« Déchaussez-vous pour entrer dans le sanctuaire, dépouillez-vous de toute souillure […] autrement vous serez consumés, car Dieu… Dieu, c’est la lumière ! » LM, Les Proscrits, p. 55 – Bruxelles, p. 243.

« Et moi ! quand serai-je dans le ciel ? dit Godefroy qui restait un genou en terre, devant le poète immortel, comme un ange en face du sanctuaire ». LM, Les Proscrits, p. 84 – Bruxelles, p. 263.

« Si je veux méditer, le besoin me chasse hors du sanctuaire où se meut ma pensée » ; LM, Les Proscrits, p. 243 – Bruxelles, p. 115.

«  Aucune pensée, aucune action ne ternira jamais ce cœur, riche sanctuaire, tant que tu voudras y résider ; mais n’y demeureras-tu pas sans cesse ? » LM, Les Proscrits, p. 299-300 – Bruxelles, p. 160.

« A l’homme de Muscle, l’Action ou la Force ; à l’homme de Cœur, la Foi ; à l’homme de Cerveau, le Génie. Mais, ajouta-t-il tristement, au Génie, les Nuées du Sanctuaire ; à Dieu seul, la Clarté. » LM, Louis Lambert, p. 231-232 – Bruxelles, p. 107.

« Je voudrai qu’aucune créature ayant face humaine n’entrât dans le sanctuaire où tu seras à moi ». LM, Louis Lambert, p. 312 – Bruxelles, p. 171.

« Elle offrait ainsi l’image la plus complète, le type le plus vrai de la femme destinée aux œuvres terrestres, dont le regard pourrait percer les nuées du sanctuaire, mais qu’une pensée à la fois humble et charitable maintient à hauteur d’homme ». LM, Séraphîta, p. 90 – Bruxelles, p. 66.

« Là, des yeux plus perçants que ne le sont les yeux appliqués aux choses de la terre aperçoivent une Aurore. Entendez la vérité ? vos sciences les plus exactes vos méditations les plus hardies vos plus belles Clartés sont des Nuées ; au-dessus, est le Sanctuaire d’où jaillit la vraie lumière ». LM, Séraphîta, p. 267 – Bruxelles, p. 194.

« Chantons aux portes de Sanctuaire pour en dissiper les nuées ». LM, Séraphîta, p. 330-331 – Bruxelles, p. 239.

« Cet ange s’agenouilla devant le SANCTUAIRE qu’il pouvait enfin contempler face à face et dit : Permettez-leur de voir plus avant, ils aimeront le Seigneur et proclameront sa parole ». LM, Séraphîta, p. 341 – Bruxelles, p. 246.

« En ce moment le Séraphin se perdait au sein du Sanctuaire où il reçut le don de vie éternelle ». LM, Séraphîta, p. 350 – Bruxelles, p. 253.

Dans le Lys dans la vallée, on trouve 5 occurrences :

« A cinq ans, je m’envolais dans une étoile ; à douze, j’allais frapper aux portes du Sanctuaire » p. 11.

« Bien, je veux être l’étole et le sanctuaire, dit-elle [Mme de Mortsauf] en faisant allusion aux rêves de mon enfance et cherchant à m’en offrir la réalisation pour tromper mes désirs » p. 166.

« J’allais, disait-elle, jusqu’aux portes du sanctuaire, demander sa vie à Dieu » p. 197.

« Comme un ange aux portes du sanctuaire, la jeune fille était avide et calme, forte et prosternée » p. 353.

« Dieu m’avait mis sous sa protection, pris sans doute de pitié, et que ses souffrances avaient souvent amenée aux portes du sanctuaire » p. 371.

  • Chez Saint-Martin

Dans L’Homme de désir, le mot sanctuaire se retrouve 15 fois. On trouve ainsi :

La bénédiction du sanctuaire (Chant 19, v.7), la table du sanctuaire (c.46, v.27), le sanctuaire de l’esprit (c.55, v.10), le sanctuaire de Dieu (idem, v.11), un sanctuaire imperméable (c.66, v.2), le pied du sanctuaire (c.84, v.13), être admis dans le sanctuaire (c.246, v.10).

« C’est ainsi que depuis l’enfance jusqu’à la haute sagesse des êtres célestes, nous pouvons nous élever de sanctuaires en sanctuaires avec la certitude que plus ces sanctuaires deviennent sublimes et invisibles, plus ils sont actifs et sensibles dans l’ordre de notre vraie sensibilité » (c123, v.2).

« La gloire de son Dieu s’y est réservée un sanctuaire » (c.135, v.7).

« Ne parle pas de la doctrine intérieure, si tu n’as pas pénétré dans son sanctuaire ; il est impossible d’en bien parler de mémoire, parce que c’est l’amour qui a produit la science, et que ce n’est pas la science qui a produit l’amour » (c.206, v.8).

i) Ligne droite - ligne courbe

  • Chez Balzac

Dans la Préface au Livre mystique, Balzac s’explique sur les Mathématiques, et son attrait pour la droite, comme pour la courbe :

« L’auteur proteste ici de son respect pour les grands génies dont s’honore la science humaine ; il adore la ligne droite, il aime encore malheureusement un peu trop la courbe ; mais s’il s’agenouille devant les gloires des mathématiques et devant les miracles de la chimie ; il croit, si l’on admet l’existence des Mondes Spirituels, que les plus beaux théorèmes n’y sont d’aucune utilité, que tous les calculs du fini sont caducs dans l’infini, que l’infini devant être comme Dieu, semblable à lui-même en toutes ses parties, la question de l’égalité du rond et du carré doit s’y trouver résolue, et que cette possibilité devrait donner l’amour du ciel aux géomètres. Remarquez bien encore qu’il n’a pas l’impiété de contester l’influence des mathématiques sur le bonheur de l’humanité prise en masse ; thèse soutenue par Swedenborg et Saint-Martin » (LM, p. IV-V ; Bruxelles, p. X-XI).

Balzac poursuit dans Séraphîta en expliquant la différence entre la droite et la courbe :

« Votre géométrie établit que la ligne droite est le chemin le plus court d’un point à un autre, mais votre astronomie vous démontre que Dieu n’a procédé que par des courbes. Voici donc, dans la même science, deux vérités également prouvées ; l’une par le témoignage de vos sens agrandis du télescope, l’autre par le témoignage de votre esprit ; mais dont l’une contredit l’autre : l’homme sujet à erreur affirme l’une, et l’ouvrier des mondes que vous n’avez encore pris nulle part en faute, la dément. Qui prononcera donc entre la géométrie rectiligne et la géométrie curviligne ? entre la théorie de la droite et la théorie de la courbe ? Si dans son œuvre, le mystérieux artiste qui sait arriver miraculeusement vite à ses fins n’emploie point la ligne droite, l’homme lui-même ne peut jamais y compter : le boulet, que l’homme veut diriger en droite ligne, marche par la courbe, et quand vous voulez sûrement atteindre un point dans l’espace, vous ordonnez à la bombe de suivre sa cruelle parabole. Aucun de vos savants n’a tiré cette simple induction : que la Courbe est la loi des mondes matériels, et la Droite celle des mondes spirituels ; l’une est la théorie des créations finies, l’autre est la théorie de l’infini. L’homme, ayant seul ici-bas la connaissance de l’infini, peut seul connaître la ligne droite ; lui seul a le sentiment de la verticalité placé dans un organe spécial » (LM, p.251-252 – Bruxelles, p. 182-183 – PL, p. 691).

  • Chez Saint-Martin

Dans L’Homme de désir, Saint-Martin parle de ligne circulaire (c.20), de ligne droite, de ligne de vie (c.46 et c.68)

« Voyez si la ligne circulaire n’est pas au moins neutre par rapport à la spiritualité, puisqu’elle est ou de forme, ou mauvaise ? » (c.20, v.16).

« Aussi qui pourrait connaître des lignes droites et des quarrés dans la nature ? » (c.54, v.3).

Dans Des erreurs et de la Vérité ([11]), Saint-Martin expose qu’il n’y a que deux sortes de lignes « la ligne droite et la courbe »

« tout ce qui ne tient pas à la ligne droite, ou au carré, est nécessairement circulaire, et dès lors temporel et périssable » (p.426).

La mesure de ces deux sortes de ligne embarrasse les géomètres car :

« ils avaient considérés les deux sortes de lignes possibles, la droite et la courbe ; et nous jugerons s’il est vrai que le cercle soit, comme ils le prétendent, un assemblage de lignes droites, puisqu’au contraire, il n’y a pas de ligne droite, prise dans le corporel, qui ne soit un assemblage de lignes courbes » (p. 393).

« Voilà d’où vient l’embarras que les Géomètres éprouvent lorsqu’ils veulent mesurer des courbes, parce que la mesure dont ils se servent ayant été faite pour la ligne droite, ne s’accommode qu’à cette sorte de ligne, et offre des difficultés insurmontables, quand on veut l’appliquer à la ligne circulaire, ainsi qu’à toute autre courbe qui en dérive. […], car, quoique les Géomètres aient tranché le nœud, en nous donnant la ligne circulaire comme un assemblage de lignes droites infiniment petites, ils auraient tort de croire avoir résolu la question par là, puisque jamais une fausseté n’a pu rien résoudre. Or, je ne puis me dispenser de regarder cette définition comme fausse, puisqu’elle combat directement l’idée qu’eux-mêmes et la Nature nous donnent d’une circonférence, qui n’est autre chose qu’une ligne dont tous les points sont également éloignés d’un centre commun ; et je ne sais même comment les Géomètres peuvent raisonnablement se reposer sur deux propositions aussi contradictoires ; car enfin, si la circonférence n’est qu’un assemblage de lignes droites, quelqu’infiniment petites qu’on les suppose, jamais tous les points de cette circonférence ne seront également éloignés du centre… (p. 367-368).

« Il est constant que la ligne droite et la ligne courbe étant de nature différente […] doivent avoir chacune leur nombre particulier, qui désigne leur différente nature, et nous empêche de les égaler dans notre pensée, en les prenant indifféremment l’une pour l’autre » (p.369-370).

La ligne courbe ou circulaire doit être regarder

« comme la production nécessaire du mouvement qui se fait dans le temps » (p. 392).

A ces lignes droite et courbe qui ne peuvent être conciliées (p. 396) et qui sont opposées

« Car il est impossible de rien concevoir qui soit plus opposé, plus contraire l’un à l’autre, en un mot, plus contradictoire que la ligne droite et la ligne circulaire. Outre les preuves morales qui se trouvent, soit dans les rapports de la ligne droite avec la régularité et la perfection de l’unité ; soit dans ceux de la ligne circulaire avec l’impuissance et la confusion attachées à la multiplicité dont cette ligne circulaire est l’image » (p. 368).

sont assignés des nombres :

« Les nombres quatre et neuf, que j’annonce comme appartenant essentiellement, l’un à la ligne droite et l’autre à la ligne courbe… » (p. 374).

« Je reviens donc aux nombres quatre et neuf, que j’ai annoncés comme étant propres, l’un à la ligne droite, et l’autre à la ligne courbe ; comme étant aussi, l’un le nombre du mouvement ou de l’action, et l’autre celui de l’étendue (p.403).

De plus,

« la ligne courbe … ne produit rien, elle borne toujours l’action et la production de la ligne droite ou du rayon. […] Et nous appliquons sans crainte le nombre quatre à la ligne droite ou au rayon qui la représente, puisque c’est la ligne droite et le rayon seul qui peuvent nous donner là la connaissance de ce Nombre » (p.413).

Dans Le Ministère de l’Homme-Esprit, Saint-Martin reprend la comparaison entre la ligne droite et la parabole ou courbe :

« Enfin j’en pourrais dire autant de celui tiré du mouvement infini en ligne droite que suppose l’axiome de Newton ; car ce phénomène, quoiqu’il ne soit point nié par les mathématiciens, n’existe cependant que métaphysiquement, et il n’y en a pas un seul exemple dans la nature, puisque même le moindre projectile ne peut procéder dans son cours sans décrire une parabole » (p. 6-7).


Notes

[1] Balzac, « Le Lys dans la vallée » in Revue de Paris, 1835, tome 23, p. 221, ligne 2.

[2] Joseph de Maistre, Les Soirées de Saint-Pétersbourg, tome second, Paris, Librairie grecque, latine et française, 1831. Onzième entretien, p. 333-334.

[3] Balzac, Le Livre mystique, p. 356. – Bruxelles, Séraphita, p. 257. C’est nous qui soulignons.

[4] Ernst R. Curtius, Balzac, essai. Traduction de Michel Beretti. Éditions des Syrtes, 1999, p. 86.

[5] Balzac, Œuvres complètes, seizième volume, Études philosophiques et études analytiques. Paris, Houssieux, 1855 – Louis Lambert, p. 171..

[6] Balzac, Études philosophiques, tome XII, La Messe de l’Athée (inédit), Les deux rêves, Facino Cane (inédit) Les Martyrs Ignorés. Paris, Delloye et Lecou, 1837.

[7] Balzac, Études philosophiques, tome XIII, Le secret des Ruggieri. Paris, Werdet, 1836.

[8] Louis-Claude de Saint-Martin, Œuvres posthumes, tome I, p. 38. Remarquons que dans Mon portrait publié par R. Amadou, les deux dernières phrases ne s’y trouvent pas. Par contre au n° 368, p. 190-191, Saint-Martin faire référence à nouveau au magisme : « « […] mais ma confiance en la Providence me laisse toujours un espoir incommensurable. J’ai payé mon tribut à mon défaut de magisme (n° 366) par ces négligences où j'ai tombé et desquelles il m’eut préservé en partie s’il eut été plus actif ; mais cela n’est point une excuse pour moi, car mon divin est si doux qu’il eut suffi à tout, si j’eusse eu la persévérance de le cultiver comme je l’aurais dû ».

[9] Louis-Claude de Saint-Martin, ». Ecce homo, Paris, Cercle social, an IV (1792), pp. 82.83.

[10] Balzac, Le Lys dans la vallée, Paris Charpentier, 1839.

[11] Louis-Claude de Saint-Martin, Des Erreurs et de la Vérité ou les hommes rappelés au principe universel de la science, Édimbourg (Lyon), 1782.


« Les hommes ne sont pas encore assez sages. Ils ne savent pas qu'il faut séparer toute espèce de religion de toute espèce de gouvernement; que la religion ne doit pas plus être une affaire d'État que la manière de faire la cuisine ; qu'il doit être permis de prier Dieu à sa mode, comme de manger suivant son goût ; et que, pourvu qu'on soit soumis aux lois, l'estomac et la conscience doivent avoir leur liberté entière. Cela viendra un jour, mais je mourrai avec la douleur de n'avoir pas vu cet heureux temps. »

Voltaire le 19 mars 1765 à son ami Bertrand, Pasteur à Berne.

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