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V. 1ère partie - L’Homme de désir dans le Livre mystique

Etude sur Balzac et la pensée saint-martinienne 

Auteur : J.-L. Boutin


V. L’Homme de désir dans le Livre mystique - 1ère partie

1. Séraphîta

« … je suis malade sérieusement. Séraphîta me coûte aussi bien des cheveux. Il faut de ces exaltations qui n’arrivent qu’aux dépens de la vie. Mais l’œuvre qui vous appartient doit être ma plus belle » ([1]).

« … comme Séraphîta sera la perfection céleste ».
« Cette œuvre [Séraphîta] à finir me tue et m’écrase. J’ai tous les jours la fièvre. Jamais conception si grande ne s’est dressée devant un homme. Il n’y a que moi qui sais ce que j’y mets ; j’y mets la vie ! […] Lisez-la comme quelque traduction faite d’un hymne rêvé depuis mon enfance ».
« Séraphîta ! Là sera le grand coup, là je recevrai les froides plaisanteries du Parisien, mais là j’aurai frappé au cœur de tous les êtres privilégiés. Il y a un traité de la prière, intitulé : le Chemin pour aller à Dieu, où sont les dernières paroles de l’ange ; qui donne envie de vivre par l’âme. Ces idées mystiques m’ont envahi. Je suis l’artiste croyant. Pygmalion et sa statue ne sont plus une fable pour moi. On peut faire Goriot tous les jours ; on ne fait Séraphîta qu’une fois dans sa vie ».
« Il faut, quand je suis inspiré pour Séraphîta, que j’entends la musique des anges, que je suis malade d’extase… » ([2]).

« Enfin, depuis environ vingt jours, j’ai travaillé constamment douze heures à Séraphîta. Le monde ignore ces immenses travaux ; il ne voit et ne doit voir que le résultat. Mais il a fallu dévorer tout le mysticisme pour le formuler » ([3]).

2. Balzac a-t-il lu Saint-Martin et les auteurs mystiques ?

Dans sa Lettre à Charles Nodier, Balzac se vante d’avoir « sur une tablette particulière de ma bibliothèque » les œuvres de « Swedenborg, Mme Guyon, Sainte-Thérèse, Mlle Bourignon, Jacob Bœhme, etc., complets, reliés par notre ami Thouvenin » ([4]).

Madeleine Fargeaud remarque que ce n’est pas Thouvenin mais « Wagner et Spachmann, autres relieurs de Balzac » qui ont émis la facture du 20 février 1833, dans laquelle on relève :

« 8 Swedenborg, 11 Saint-Martin, 1 Jacob Bœhme, 1 vie de Mlle Bourignon, 14 œuvres de Mlle Bourignon, 13 œuvres de Mme Mothe-Guyon, 5 lettres chrétiennes » ([5]).

Or, bien avant 1833, Balzac a lu les écrits des mystiques que contenait la bibliothèque de sa mère, ce que confirme Laure Surville ([6]). Mais à quelle date ? P. Bertault, dans le Traité de la prière, pense que c’est vers 1818 que Balzac « commença à se former une théorie de la prière qui représente à elle seule tout un système religieux ». Et de citer un extrait des écrits non publiés du romancier dans lesquels il voit une « idée fréquemment émise dans le Ministère de l’homme-esprit » :

« Les enfants, les insensés et beaucoup d’êtres n’ont pas l’intelligence assez forte pour soutenir l’idée de Dieu, comme d'autres s’y refusent par trop d’intelligence ; il est des âmes chez lesquelles un heureux hasard a mélangé gracieusement une foule de facultés précieuses ; celui qui dès le jeune âge a conçu les idées d’amour, et de beauté, dont l’âme a reçu, comme une bonne terre, [...] les semences du goût, des belles proportions de l’harmonie dans toute la nature, cet être qui pleurera, aux pleurs d’un indigent, qui frémit à l’aspect d’une barbarie gratuite exercée sur un animal qui souffre et se tait, cet être privilégié, toute douceur comme il est toute bravoure, aura le délicieux avantage d’entrer dans un temple en frémissant, il comprendra Dieu, et son âme comme détachée de ce principe éternel tendra sans cesse à s’y réunir » ([7]).

Quels étaient ces livres ?

a) Jacob Bœhme

Pour Jacob Bœhme, il semble qu’il n’y a aucun doute. En effet, dans Melmoth réconcilié (p. 308), Balzac cite textuellement un passage De la triple vie de l’homme :

Melmoth réconcilié, p. 308 ([8]).

De la triple vie de l’homme, chapitre III, page 75-76 ([9]).

— Oui, monsieur, reprit l’Allemand, cette opinion s’accorde avec les propres paroles de Jacob Bœhm, en sa quarante-huitième proposition sur la Triple Vie de L’homme où il est dit que si Dieu a opéré toutes choses par le Fiat, le FIAT est la secrète matrice qui comprend et saisit la nature que forme l’esprit né de Mercure et de Dieu.
Vous dites, monsieur ? L’Allemand répéta sa phrase.
— Nous ne connaissons pas, dirent les clercs.
Fiat !.., dit un clerc, fiat lux !
— Vous pouvez vous convaincre de la vérité de cette citation, reprit l’Allemand, en lisant la phrase dans la page 75 du Traité de la Triple Vie De L’homme, imprimé en 1809, chez monsieur Migneret, et traduit par un philosophe, grand admirateur de l’illustre cordonnier.

48. Mais puisque tous les êtres qui doivent venir à essence (ou en être), doivent descendre de la nature du Père, et que nous savons aussi, comme le témoigne Moïse, que Dieu le père a opéré toutes choses par le Verbe fiat ; c’est-à-dire, a prononcé par la parole, et que le prononcé est resté dans le fiat, et le fiat est la sévère matrice, dans la première volonté du Père, (laquelle matrice) comprend et saisit la nature que forme l’esprit né de mercure et de l’esprit de Dieu.






Fernand Baldensperger cite cette phrase de Balzac :

« Le monde est-il, suivant Jacob Bœhme, la coque d’une pulpe, l’enveloppe d’un monde invisible, idéal, ou l’idée est-elle le résumé du monde extérieur ? » ([10]).

b) Eckartshausen

Le titre du chapitre IV « Les nuées du sanctuaire » fait référence au livre de Carl von Eckartshausen, La Nuée sur le sanctuaire. Dans Louis Lambert, Balzac écrit :

« De là, procède un certain ensemble d’actes qui compose l’existence sociale. A l’homme de Muscle, l’Action ou la Force ; à l’homme de Cœur, la Foi ; à l’homme de Cerveau, le Génie. Mais, ajouta-t-il tristement, au Génie, les Nuées du Sanctuaire ; à Dieu seul, la Clarté » ([11]).

P. Bertault rapproche cet extrait de la doctrine d’Eckartshausen :

« Dieu et la nature n’ont point de mystères pour leurs enfants. Le mystère est seulement dans la faiblesse de notre être qui n’est pas capable de supporter la lumière, et qui n’est pas encore organisé pour la vue chaste de la vérité nue. Cette faiblesse est la nuée qui couvre le sanctuaire ; elle est le voile qui cache le Saint des Saints » ([12]).

c) Saint-Martin

Les extraits que nous publions plus loin montrent que Balzac s’est largement inspiré de l’Homme de désir (1790). D’ailleurs, comme le remarque H. Gauthier :

« Dans le manuscrit, Balzac prenait une sage précaution en avouant – aveu qui lui coûtait trop en fin de compte – un emprunt direct à Saint-Martin. Mais il ne reconnaît qu’une partie de sa dette ».

Voici le texte du manuscrit dont fait référence H. Gauthier :

« Et à propos de la critique, il [Balzac] avouera pour prévenir toute accusation ridicule, que le mouvement par lequel Wilfrid et Minna redescendent sur terre est un passage de Saint-Martin dont il a bien eu le droit de profiter pour loyer de ses peines » ([13]).

Il avait également lu, et très tôt, dès 1818, le Ministère de l’homme-esprit (1802) ([14]), tout comme le Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l’homme et l’univers (1782).

Vraisemblablement, il avait parcouru Ecce homo (1792), puisqu’il a eu le projet, non réalisé, d’écrire lui aussi un livre avec le même titre.

Pour les autres écrits du Philosophe inconnu, nous n’avons aucune indication, mais il y a de fortes chances qu’il ait lu ou parcouru ces autres ouvrages : Des erreurs et de la vérité (1775), Le Crocodile (1799) ainsi que les Œuvres posthumes, (2 vol. 1807), notamment le tome 2 où se trouve un exposé important sur la Prière.

« Bien plus qu’à Swedenborg, c’est à son meilleur disciple français ([15]), Louis-Claude de Saint-Martin, que le futur auteur de Séraphîta avait dérobé une partie de sa flamme, de son enthousiasme pour la rénovation des idées religieuses dans le monde. Plus d’une réflexion des Notes philosophiques éveille l’écho des enseignements que le « Philosophe inconnu » prodigue à ses adeptes dans le Ministère de l’homme-esprit ».

Rappelons que Balzac a très tôt entrepris d’écrire sur le sujet de Séraphîta (dès l’âge de 18-20 ans, dira-t-il) et que cet essai, Falthurne, servira à la création de Séraphîta :

« Cette essai de prime jeunesse décrivait l’assomption de Mina vers le ciel, parmi les chœurs des Anges et des Séraphins faisant escorte au triomphe de l’élue, menée vers la région de la lumière dans les harmonies des harpes célestes. Cette esquisse est la simple copie d’un tableau de Saint-Martin. Il ne faut pas chercher aucune autre influence que la sienne, comme le démontrera plus loin la confrontation de ce texte avec celui d’une description dans l’Homme de désir » ([16]).

« Quand on lit conjointement Louis Lambert, Séraphîta, L’Homme de désir et Le Ministère de l’homme-esprit, on constate que le vocabulaire de Saint-Martin a imprégné profondément l’esprit et le style de Balzac » ([17]).

Car

« L’Homme de désir est un véritable traité de la prière : l’homme de désir, c’est l’homme de prière. A chaque page, on rencontre l’éloge de la prière, la description des bienfaits qu’elle procure » ([18]).

On reste surpris et parfois confondu de l’opinion de la plupart des auteurs qui ont commenté les différents passages de Séraphîta en les comparant à ceux de L’Homme de désir, en particulier du jugement de R. Amadou

« … il faut relever plusieurs plagiats du théosophe par le romancier » ([19]).

On comprend dès lors qu’Henri Gauthier, fort de cette appréciation qu’il cite dans ses notes et commentaires de Séraphîta, cherche dans la gnose et dans les écrits de J. Matter, une analyse et une explication des sources de Balzac :

« Si Balzac a fait des emprunts à Saint-Martin, ce n’est pas sa doctrine qu’il a poétisée ; ce serait plutôt celle de Swedenborg et plus profondément « les anciennes idées gnostiques » qui étaient à la source des doctrines théosophiques » ([20]).

Balzac ne cite jamais ses sources, il est vrai, et comme le remarque si justement R. Amadou, lorsqu’il les cite textuellement, « la citation est fausse ».

Saint-Martin n’est pas le seul auteur que Balzac utilise dans Séraphîta. Dans le chapitre III, c’est Swedenborg qui est largement cité, d’autant plus que Balzac, dans la préface du Livre mystique, lui

« accorde une supériorité sans contestation possible sur Jacob Bœhme aux œuvres duquel il avoue n’avoir rien pu comprendre encore ».

Pour citer Swedenborg, Balzac s’appuie, comme l’a montré Charles Grolleau ([21]), sur Daillant de La Touche ([22]) et sur Robert Hindmarsh ([23]). Est-ce à dire, là aussi, que Balzac ne fait que du « plagiat » ? Nous ne le croyons pas, car le génie de Balzac est bien au-delà de simples plagiats d’œuvres qu’il a lues.

H. Gauthier remarque fort justement que « trois postulats président à l’élaboration de la théorie [doctrine initiatique de Séraphîta] : l’homme est l’image de l’univers, - l’homme intérieur est l’effigie du monde, - l’homme naturel et spirituel, empreinte des mondes visible et invisible, implique l’existence du monde spirituel » ([24]). Mais cette tri-partition n’est-elle pas déjà dans le titre même du Tableau naturel qui nous permet de « nous former une idée des rapports naturels qui sont entre Dieu, l’homme et l’Univers » (p. 58). Je ne doute point de la validité de la thèse de cet auteur, mais sa connaissance de la pensée saint-martinienne est moins certaine car, alors, il aurait creusé plus cet aspect des choses et aurait trouvé, comme le souligne P. Bertault, chez Balzac, une connaissance plus profonde des écrits et de la doctrine du Philosophe inconnu.

Ne peut-on pas s’étonner, à juste titre, de l’absence de référence de Saint-Martin dans certaines listes d’auteurs mystiques. Rappelons que Balzac a bien connu J.-B.-M. Gence, le dernier ami de Saint-Martin :

« … Balzac connut Gence personnellement et cet ami de Saint-Martin, enthousiaste, voire extravagant, lui confia, n’en doutons pas, ses souvenirs du Philosophe inconnu et ses opinions magnético-martiniennes » ([25]).

Cette hypothèse est confirmée par Léon Cellier dans son ouvrage sur Fabre d’Olivet :

« Balzac a pu connaître Gilbert. Celui-ci ne lui aurait-il pas servi de modèle pour tels personnages des Martyrs ignorés ? Mais, nouveau mystère de la Trinité, le seul Gilbert y figurerait en trois personnes, trois personnes médicales à vrai dire : le vieux médecin de 90 ans, le docteur Phantasma et le docteur Physidor. Trois générations médicales, mais la même doctrine ? Le vieux maître, comme Gilbert, croit « à l’apparition des morts » et au « magisme ». « Laissons cela, dit-il, je n’en parlais qu’avec ce pauvre Saint-Martin qui s’est laissé mourir et qui avait des connaissances en ce genre » ([26]).

Et plutôt que de parler de « plagiat » ou de « gnosticisme », ne vaudrait-il pas mieux de reconnaître avec Auguste Viatte :

« Cependant les hommes de lettres flaireront, dans les sectes occultes, une source de pittoresque. Tantôt ils y puiseront des histoires mélodramatiques de conspirations : ce sera la veine de Mademoiselle de Marsan, et plus tard de la Comtesse de Rudolstadt ; tantôt — et parfois dans les mêmes ouvrages — ils emprunteront un charme mystérieux aux apparitions d’un autre monde ; ils utiliseront la mythologie des roses-croix [sic], gnomes, farfadets, lutins ; ils laisseront entrevoir des perspectives inconnues, des possibilités troublantes : ce sera la veine d’Oberman, et bientôt du Livre mystique de Balzac » ([27]).


Notes

[1] Balzac, Lettres à l’Étrangères, (1833-1842), Paris, Calmann-Lévy s. d. (1899 ?). 1er juillet 1834, p. 167.

[2] Idem, 11 mars 1835, p. 237-240 ; 241.

[3] Idem, 30 mars 1835, p. 242.

[4] Balzac, « Lettre à Charles Nodier », op. cit., p. 169.

[5] Madeleine Fargeaud, « Madame Balzac, son mysticisme et ses enfants » Année Balzacienne, 1965, Paris, Garnier, p. 30.

[6] « Honoré s’empare des œuvres de Saint-Martin […] qui formaient plus de cent volumes et les dévore ». Laure Surville, op. cit., p. 106.

[7] Honoré de Balzac, Traité de la prière. Texte inédit avec une introduction et des notes par Philippe Bertault, Docteur ès lettres. Boivin, 1942, p. 20-21.

[8] H. de Balzac, Melmoth réconcilié, op. cit.

[9] Jacob Bœhme, De la triple vie de l'homme, selon le mystère des trois principes de la manifestation divine, traduit par Louis-Claude de Saint-Martin, Migneret, 1809.

[10] Fernand Baldensperger, op. cit., p.171, note 1, texte extrait de Jacques Crépet, Pensées, Sujets, Fragments, Blaizot, 1910.

[11] LM, p. 231-232 ; Bruxelles, p. 107 ; PL, p. 803.

[12] P. Bertault, Traité, op. cit., p. 55-56. PL, p. 1680, note 1, reprend les conclusions de P. Bertault.

[13] PL, page 1449, note a et 1.

[14] « Telles sont les croyances qu’enseignaient Louis-Claude de Saint-Martin à ses disciples, parmi lesquels Balzac s’était rangé. Dès 1818, il avait admis certaines opinions du Ministère de l’homme esprit ; mieux encore, en 1819, il avait transposé dans l’un de ses premiers essais, Falthurne, la description d’une âme montant vers la céleste région ; c’était un emprunt à l’Homme de désir ». P. Bertault, Traité, op. cit., p. 41.

[15] P. Bertault se trompe ici : Saint-Martin n’a jamais été le disciple de Swedenborg. Dans son Portrait, voici ce qu’indique le Philosophe inconnu : « En relisant quelques extraits de Swedenborg, j’ai senti qu’il avait plus de ce qu’on peut appeler la science des âmes que la science des esprits ; et sous ce rapport quoiqu’il ne soit pas digne d’être comparé à B[œhme] pour les vraies connaissances, il est possible qu’il convienne à un plus grand nombre de gens ; car B[œhme] ne convient presque qu’à des hommes entièrement régénérés, ou au moins, ayant grande envie de le devenir ». L.-C. de Saint-Martin, Mon portrait, op.cit., n° 789, pp. 351-352. Voir également Œuvres posthumes, t. I, p. 102. Saint-Martin connaissait son neveu : « C’est à Strasbourg que j’ai écrit Le Nouvel homme à l’instigation du cher Silverielm ancien aumônier du roi de Suède, et neveu de Swedenborg » Idem, n°165, p. 106. Voir également, L’Homme de désir, chant 184, pp. 267-268 où Saint-Martin cite Swedenborg : « Partisans de Swedenborg, vous voulez voir dans tous les passages de l’écriture trois sens divers. Mais remarquez-vous que votre maître même n’en a jamais montré que deux, le vrai et le bon, quoiqu’il les applique aux trois classes naturelle, spirituelle et céleste (v.1). […] En outre, quels sont les témoignages de Swedenborg ? Il n’offre pour preuve que ses visions et l’écriture sainte. Quel crédit ces deux témoins trouvent-ils auprès de l’homme qui n’est pas préparé par la raison saine ? » (v.10).

[16] P. Bertault, Traité, p. 19.

[17] P. Bertault, idem, p. 49.

[18] P. Bertault, idem, p. 41.

[19] R. Amadou, art. cit., p. 36.

[20] H. Gauthier, PL, p. 505, note 2. « Il s’agit du Gnosticisme qui, aux IIe et IIIe siècles, à Alexandrie, a fait fusionner les philosophies et les mystiques de l’Inde, de la Palestine, de la Grèce et de l’Égypte, puis s’est répandu en Europe à travers les théologies mystiques du Moyen Âge et a inspiré les Théosophes et les Illuministes des XVIIe et XVIIIe siècles ». Henri Gauthier, PL, p. 711. Cet auteur remarque en note que « Balzac avait à sa disposition de nombreux ouvrages traitant de l’origine et de l’histoire des cultes et des religions […] et notamment celui de Jacques Matter, Histoire critique du gnosticisme et de son influence sur les sectes religieuses et philosophiques, Paris Levrault, 1828, 3 vol. Sur ce sujet, voir la thèse de H. Gauthier, L’Homme intérieur dans la vision de Balzac, Université de Lille III, 1973. Version imprimée sous le titre L’Image de l’homme intérieur chez Balzac, Genève, Droz, 1984. On ne peut passer sous silence le contre sens que fait cet auteur en attribuant à Baader la phrase « expliquer les choses par l’homme et non l’homme par les choses, sentence reprise par Louis-Claude de Saint-Martin ». Et d’ajouter en note : « Cité par Ernst Benz dans Les Sources de la philosophie romantique allemande, Vrin, 1968, p. 91 ». La citation d’Ernst Benz est celle-ci : « Il [August Neander (1789-1850)] fut l’initiateur d’une nouvelle époque dans les études de l’histoire ecclésiastique, en mettant la personne religieuse au centre de l’histoire du christianisme selon la devise générale du romantisme allemand, formulée par Saint-Martin : il faut expliquer les choses par l’homme et non l’homme par les choses ». E. Benz ajoute en note : « Cette sentence de Saint-Martin se retrouve chez Franz von Baader Sämmtl. Werke Bd. II p. 233 ; 269 ; 422 ; cf. Saint-Martin, Des erreurs et de la Vérité, 12, 88 ; Tableau naturel 12, 173 ».

[21] Charles Grolleau, Notice à Séraphîta. Paris, Jonquières, 1922, p. 209-220. Notons cependant que c’est le Dr. Pauline Bernheim qui, la première, a relevé ces correspondances entre Séraphîta, Swedenborg et Daillant de la Touche dans son livre Balzac und Swedenborg, Berlin, 1914, en mettant en parallèle le texte de Balzac, celui de ces auteurs, comme elle l’a fait entre Séraphîta et L’Homme de désir de Saint-Martin (pp. 91-95).

[22] Daillant de la Touche, Abrégé des ouvrages d’Emmanuel Swedenborg contenant la doctrine de la nouvelle Jérusalem céleste, précédé d’un discours où l’on examine la vie de l’auteur, le genre de ses écrits, et leur rapport au temps présent. A Stockholm, et se vend à Strasbourg, Treuttel, 1788.

[23] Robert Hindmarsh, Abrégé des principaux points de doctrine de la vraie religion chrétienne d’après les écrits de Swedenborg. Chez Treutel et Wurtz & chez Barrois aîné, 1820.

[24] PL, p. 711.

[25] R. Amadou, art. cit., p. 43.

[26] Léon Cellier, Fabre d’Olivet. Contribution à l’étude des aspects religieux du romantisme. Paris, Nizet, 1953, p. 349.

[27] Auguste Viatte, Les sources occultes du romantisme. Tome second, La génération de l’Empire. Paris, Champion, 1928, p. 273.


« Les hommes ne sont pas encore assez sages. Ils ne savent pas qu'il faut séparer toute espèce de religion de toute espèce de gouvernement; que la religion ne doit pas plus être une affaire d'État que la manière de faire la cuisine ; qu'il doit être permis de prier Dieu à sa mode, comme de manger suivant son goût ; et que, pourvu qu'on soit soumis aux lois, l'estomac et la conscience doivent avoir leur liberté entière. Cela viendra un jour, mais je mourrai avec la douleur de n'avoir pas vu cet heureux temps. »

Voltaire le 19 mars 1765 à son ami Bertrand, Pasteur à Berne.

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