C’est en 1984 que je rencontre pour la première fois l’œuvre de Henri Michaux. Il venait juste de nous quitter et j’écoute d’une oreille distraite ce que nous dit sur ce peintre-écrivain le journaliste de la radio.
Henri Michaux m’est alors complètement inconnu.
J’acquiers l’ensemble pour une modique somme, tout heureux de l’aubaine.
Il y a là :
- Ailleurs, Voyage en grande Garabagne, Au pays de la magie, ici Poddema, Gallimard 1948. Et cette note de l’éditeur : « Cet ouvrage groupe trois textes : Voyage en grande Garabagne, Au pays de la magie, Ici Poddema. Le troisième ; inédit en France. Les trois ont été revus et corrigés. »
- Passages (1937-1963), nouvelle édition revue et augmentée, NRF Le point du Jour, 1950-1963.
- Un barbare en Asie, Gallimard, 7ème édition, 1945.
- Plume, précédé de Lointain intérieur, Gallimard, 6ème édition, 1938.
- Arbres des Tropiques, Gallimard, exemplaire sur héliona n° 87, 1942.
Puis l’urgence du quotidien reprend le dessus et je mets de côté, pour un temps, ce que je viens de découvrir.
La fin de travaux de recherche, des problèmes de santé et une séparation familiale m’ont suffisamment accaparés pendant quelques années !
En septembre 1993, ma mère est hospitalisée à Marseille. A son âge, 94 ans, il n’y a rien que de normal et je vais souvent la voir le samedi. C’est à cette occasion que je visite l’exposition Henri Michaux, œuvres choisies, 1927-1984 que le Musée Cantini lui consacre.
Surpris au premier abord par cette peinture qui ne correspond à rien de ce que je connais, je me laisse emporter à regarder ces tableaux et parcours l’exposition, étonné, souvent ému. Je sens qu’il se passe quelque chose à l’intérieur de moi que je connais déjà et qui, progressivement, pas à pas, de tableau en tableau, se dévoile de ma conscience profonde.
Et, tout à coup, le choc ! Il y a là, devant moi, devant mes yeux, cette peinture mescalinienne, séparé en deux et dont je n’arrive pas à détacher mes yeux. Je sens couler des larmes sur mes joues. Je suis à l’instant plongé au plus profond de moi, dans mon enfance lorsque, petit, je me tapais la tête contre les murs pour effacer de ma conscience cette impression si étrange d‘une montagne séparée en deux par un gouffre.
Je revoyais après tant d’années, enfin, ce que je décrivais alors et dont tout le monde me disait n’exister point. Fou, j’étais de croire que cela existait enfant, c’est ce que l’on me disait. Un autre que moi, et avec tel talent, avait eu cette vision, qu’importe les circonstances ! je n’étais donc pas fou ! et disparaissait ainsi, après tant et tant d’années, cette peur de la folie, celle des monstres qui me hantaient si fort.
Je suis resté ainsi tout cet après-midi à contempler tableaux, dessins, gouaches, encres de Chine, acryliques laissant l’inspiration me porter vers tel ou tel, ou suivre un moment la visite guidée proposée par le Musée.
En sortant, je n’étais plus le même, un je ne sais quoi s’est inscrit au fond de mon cœur et qui est toujours, présent, là.
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